12 juin 2026 / Si l’on s’en tient stricto-sensu à la musique, Train on the island, le cinquième album d’Aldous Harding est une énigme. Pour preuve, l’inaugurale I ate the most : hypnotique, tournoyante, pointilliste, orfévrée de fines harmonies et de légères dissonances, chantée au plus près du microphone, comme pour renforcer une intimité de longue date avec l’auditeur attentif, cette ritournelle électro minimaliste sonne comme la rencontre entre Billie Eilish et The Smile – sur le papier, ça fait envie, mais en réalité, trop arty pour son propre bien, le morceau est fastidieux as possible. Il ne s’y passe absolument rien. Certes, on sait à quel point la Néo-Zélandaise – une fois encore épaulée par le fidèle John Parish – aime à désorienter, mais pourquoi cette parodie de Norah Jones (le jazzy Train on the island), pourquoi cette imitation d’une Japonaise imitant une Américaine imitant une Japonaise (If lady does it), pourquoi cette soupe soul au groove mou digne de mamie Cat Power (One stop) ? Entre les structures vainement alambiquées (What am I gonna do ?), le piano largement sous-employé (Worms), les mélodies peu mémorables, les fréquences aiguës qui agressent l’oreille (Riding that symbol), le mixage souvent brouillon et le featuring qui n’apporte rien (H. Hawkline, sur Venus in the Zinnia), l’on se demande bien ce que l’on est supposé entendre. À croire que l’attachante personnalité d’Aldous, sa théâtralité, son excentricité, sa tendre causticité, peine à contrebalancer des compositions bigarrées mais paradoxalement peu aventureuses, comme si la multi-instrumentiste – faute de se mettre d’accord avec les nombreuses voix dans sa tête – échouait à définir une ligne de conduite. Vous me direz, un train sur une île, ça tourne forcément un peu en rond, ou alors ça se transforme en avion et puis… oh, zut.
The Goastt
Klymt