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L’obstination de The Wooden Wolf est admirable. Sa trace s’était perdue il y a une un paquet d’année, alors qu’il bricolait ses complaintes à l’abri du monde sur un magnéto rudimentaire pendant la panne générale. Le revoici désormais, guitare en bandoulière, réapparaissant comme un compagnon de route égaré pour rallumer une lueur d’espoir entre deux Tesla qui ne s’arrêtent pas pour nous prendre en stop.

Indigo Prayers Op. 8 refuse le fracas pour privilégier l’intime. Avec une sincérité troublante, le musicien franco-canadien métamorphose la pénombre en zone autonome de création poétique. Dans cet univers, l’obscurité n’est plus synonyme de fuite, mais de réinvention. Au cœur de cet espace incer- tain, les fantômes s’adoucissent et nous invitent à une valse sereine plutôt qu’à la panique. Même quand la tension électrique surgit et que le désordre s’installe, une élégance candide nourrit chaque composition, à l’image d’une végétation fragile qui parviendrait à percer la roche.

Derrière les apparats d’une folk ténébreuse, la nostalgie ne débouche jamais sur un cul-de-sac, mais devient le point de départ d’un apaisement. Nul besoin de se lamenter sur le crépuscule : sous nos carapaces d’adultes restés enfants, la tendresse et la clarté mutuelles subsistent, entre deux notes de guitares et un ou deux soupirs.

Soupirs qui parfois annoncent aussi la tempête à venir : l’un des morceaux de ce disque s’appelle Ephedrine, et ça tombe bien car si cet album était une substance, ce serait de l’éphédrine pour l’esprit. Une injection de force qui accélère le pouls, ouvre les poumons pour nous faire respirer au milieu du chaos, et nous empêche de sombrer dans le sommeil de la mélancolie. Sur Indigo Prayers Op. 8, c’est tournée générale de murmures et frissons pour celles et ceux qui savent écouter.