> Critiques > Labellisés



Il y a des disques qui avancent comme des trains de nuit, d’autres comme des scooters sous pluie fine boulevard de Belleville (mes périgrinations parisiennes au grés de mes deplacements profesionnels, finissent pas me plonger dans un lyrisme inquiétant pour mon entourage). Halage, le nouvel album de Frànçois & The Atlas Mountains, appartient à cette catégorie plus rare : celle des œuvres qui remontent doucement le courant sans jamais donner l’impression de lutter. Dix morceaux qui flottent, tirent sur la corde sensible sans forcer le pathos, et rappellent qu’au fond, la mélancolie devient supportable lorsqu’elle danse un peu, et chez Frànçois Marry, le corps a toujours eu vocation à respirer sa musique.

Depuis longtemps, Frànçois Marry refuse les frontières trop nettes. Entre indie pop cotonneuse, pulsations électroniques et chansons qui semblent enregistrées dans un appartement dont les fenêtres seraient restées ouvertes sur le monde (un monde fantasmé, car actuellement nous aurions quand même tendance à mettre les persienne pour ne pas voir la misére de celui ci), le projet conserve cette élégance du mouvement. On pense parfois à ces cartes routières pliées cent fois, usées aux intersections, mais encore capables de mener quelque part, comme se reponger dans un film de Rohmer, la dynamique en plus.

Le titre Halage n’a évidemment rien d’anodin. Il y est question de traction lente, d’effort discret, presque ancien. Une manière de continuer à avancer quand tout pousse à dériver. Enregistré entre Château Vert et la Péniche Adélaïde, le disque possède d’ailleurs quelque chose de fluvial (l’eau, qui traverse le disque, a toujours irriguée l’oeuvre du natif de Saintes) les morceaux s’y croisent comme des reflets sur une eau sombre, avec cette impression permanente qu’une autre chanson circule juste en dessous.

Les invités ne viennent jamais parasiter l’ensemble. Clara Luciani (Rappelle-Toi) apporte sa gravité solaire, Yasmine Hamdan laisse planer une étrangeté magnifique, tandis que David Numwami (le démoniaque et intriguant Peaux Miroir) et Ëda Diaz (Arte Vida) participent à cette géographie mouvante sans jamais chercher le featuring démonstratif. Ici, personne ne cabotine. Même les refrains semblent hésiter à prendre toute la lumière.

Sur Briller Dans la Nuit, Frànçois réussit ce mélange devenu presque sa signature, faire danser des fantômes avec des machines analogiques. Rappelle-Toi touche plus loin encore, dans cette zone fragile où le souvenir devient moins un refuge qu’un léger défaut de transmission émotionnelle. Le morceau donne l’impression d’écouter une cassette retrouvée dans une boîte à chaussures, sauf que la bande magnétique aurait traversé 2026. Et que dire de cette reprise du chef d’oeuvre de Nick Drake, la plus belle chanson du monde, que Frànçois Marry accompagnée de Yasmine Hamdan parvient à lui rendre un hommage vibrant, aquatique et solaire, un soleil aux rayons mélancoliques. Comment ne pas se pâmer à l’écoute de cette Somme sur laquelle Rodolphe Burger navigue sans jamais parvenir à obtenir cette liminaire si particuliére.

Ce qui frappe surtout, c’est la façon qu’a Halage d’échapper aux démonstrations. À une époque où beaucoup d’albums semblent conçus pour prouver quelque chose, Frànçois & The Atlas Mountains continue de préférer la suggestion. Le disque avance à contre-courant, certes, mais sans posture romantique excessive. Pas de grande déclaration. Juste cette sensation persistante d’être accompagné quelque part entre la fin d’une fête et le début d’un départ. Magistrale.