1er juin 2026 / Il faut un certain culot pour livrer en 2026 un album-concept accompagné d’un film d’animation long format peuplé de scorpions-humains-escargots pythagoricoens et d’une machine parlante appelée Docteur Subtilis. Michele Ducci a ce culot, et surtout, il a les chansons pour que ça ne ressemble pas à une lubie d’artiste en roue libre mais à quelque chose d’obstinément beau. Snail in the Clouds est un disque londonien dans l’âme, enregistré aux 4am Studios avec Simon Milner (Is Tropical, Ysing) aux manettes, mais avec ce quelque chose de solaire et de légèrement décalé qui trahit immédiatement des racines ailleurs. La pop de Ducci est dense, multicouches, généreuse jusqu’à l’excès, et pourtant jamais étouffante. C’est le grand paradoxe du disque, il y a tellement de monde dans chaque morceau, violons, saxophones, orgue pédalboard, basses électroniques, chœurs, que ça devrait s’effondrer sous son propre poids. Ça flotte, au contraire. Comme un nuage d’escargot, si vous voulez (je préviens mes lecteurs je n’ai rien consommé pendant la rédaction de cette chronique).
Ducci est de cette école rare de songwriters capables de faire coexister l’étrange et l’immédiat. Follow the Sun est une tranche de pop psychédélique qui vous colle au crâne dès la première écoute. Rain on Me convoque les paysages synthétiques d’Underworld avec une nonchalance désarmante. Don’t Stress Her s’ouvre sur un drumbeat rythmique bientôt rejoint par une traîne de violon et de saxophone qui transforme l’angoisse en quelque chose de presque dansant. Et Next to Me, chanté par sa partenaire Letizia Mandolesi sur un piano épars, est simplement l’une des plus belles chansons d’amour entendues depuis longtemps, sobre, directe, irrésistible.
Ce qui distingue finalement Snail in the Clouds de la masse, c’est cette impression que Ducci n’a pas fait un album pour prouver quelque chose mais pour habiter quelque chose. La planète Snail qu’il a construite avec Letizia Mandolesi (dans la musique comme dans le film) ressemble moins à un concept marketing qu’à un vrai besoin de créer un espace où les règles seraient différentes. Dans un paysage pop souvent friloseux, ce genre d’ambition naïve et totale est une denrée rare.