25 mai 2026 / Il y a des disques qui naissent de la joie et des disques qui naissent du deuil. Amaro appartient à la deuxième catégorie, mais ce qui le rend remarquable, c’est qu’il refuse obstinément d’y rester. Bibi Club a perdu deux proches en l’espace d’un an. Plutôt que de faire un disque de chagrin, le duo québécois a fait un disque de survie.
Amaro est leur troisième album et de loin le plus frontal, le plus risqué. Fini le cocon du salon, ici on danse, mais d’une danse qui ressemble parfois à un combat. La pop côtoie l’electronic music, la dark wave frotte contre le néofolk, et par-dessus tout ça des clavecins, des trompettes, des chants qui ont l’air d’avoir été appris dans une forêt la nuit. Le résultat est étrange, dense, beau. Ce qui impressionne dans ce virage sonore, c’est qu’il n’a rien d’opportuniste. Les tournées avec Blonde Redhead et Circuit des Yeux, la collaboration avec Calvin Johnson, le saxophoniste Dimitri Milbrun ou Helena Deland, ont laissé des traces profondes, transformé quelque chose dans la façon dont Bibi Club conçoit ce qu’une chanson peut faire et jusqu’où elle peut aller. Amaro sonne comme un groupe qui a grandi.
La figure d’Amaro, comme tel un paladin mythique des mondes intermédiaires, guide à la fois bienveillant et impuissant devant l’injustice, donne au disque sa colonne vertébrale narrative. Ce n’est pas un concept album au sens pompeux du terme, c’est plutôt une série de fables dont la morale se dérobe toujours un peu, où des figures fantastiques habitent des territoires symboliques hantés par la mort sans que jamais la mort ait le dernier mot. Le mantra Je veux aimer, je veux vivre revient comme une incantation, pas triomphante, pas naïve, mais réelle et nécessaire comme un souffle.
Amaro est un disque qui vous tient par la main dans le noir et ne vous promet rien, sinon de continuer à avancer. Certains descendront la rivière, dit Bibi Club, mais ne remonteront jamais. On les suit quand même.