26 mai 2026 / Dans la série des noms improbables qu’Alix vient de souligner dans sa dernière chronique de Catchy Peril, je vous présente Serguei Spoutnik . Il y a quelque chose d’immédiatement intrigant dans la démarche de Damien Lecoq alias Serguei Spoutnik : partir une semaine en Islande, troquer des journées de synthé contre des images filmées avec une caméscope obsolète, et rentrer avec un album. Pas le genre de pitch qu’on invente, et justement, ça s’entend.
Transcend porte en lui toute l’étrangeté de cette genèse. Les images floues et tremblantes captées par des inconnus à Reykjavik ont nourri quelque chose dans la musique, un trouble diffus, une imperfection revendiquée qui empêche le disque de jamais sonner trop propre, trop lisse. C’est du dream pop et de la darkwave qui ont pris l’humidité de l’air islandais (mais également les chaleurs souterraines), des synthés qui respirent, qui dérivent, qui n’arrivent jamais tout à fait là où on les attend.
Mais ce qui rend Transcend vraiment intéressant, c’est ce qu’il dit en creux : l’histoire d’un gamin de lotissement pavillonnaire français devenu artiste queer, le pont tendu entre ces deux vies, ces deux identités. Lecoq ne fait pas de la musique à message, il fait de la musique qui est le message, où l’intime et le collectif se confondent jusqu’à devenir indiscernables. Le spoken word de son premier EP laisse ici la place à quelque chose de plus chanté, de plus frontal émotionnellement, sans jamais perdre cette qualité particulière d’adresser directement l’auditeur.
La pochette, une sculpture-antenne photographiée dans un pavillon de banlieue ordinaire, dit tout du paradoxe que ce disque cultive ; le familier qui déstabilise, l’étrange qui rassure. Parfaitement à sa place et parfaitement déplacé. Exactement comme Transcend.