6 mai 2026 / Mouais, bof, mouais. Légère déception. L’écoute de Creature of Habit me laisse une impression mitigée, d’autant plus culpabilisante qu’il est impossible de résister à l’attachante personnalité de la multi-instrumentiste australienne, désormais basée à Los Angeles. Gouaille tranquille, écriture au cordeau, musicalité instinctive : depuis l’inaugural Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit (2015), Courtney Barnett bénéficie d’un indéniable capital sympathie, et ce n’est pas son quatrième album, produit par l’expérimenté John Congleton, qui changera la donne. Dix compositions durant, la native de Sydney – qui dans sa jeunesse a vécu en Tasmanie – fera parler son sens aigu de l’observation, s’attachant à analyser ses (donc nos) routines intimes, pour mieux en saisir l’étrangeté. Épaulée par sa complice de longue date, la batteuse Stella Mozgawa (Warpaint), Courtney délivre une collection de slacker songs très accessibles, durant lesquelles la gauchère s’en donne – guitaristiquement parlant – à cœur joie : constitué de gimmicks, de picking de ruades et de syncopes, son jeu ensauvage des chansons parfois trop sages, à l’instar de la country-pop One Thing At A Time qui, malgré la présence de Flea à la basse, ronronne comme du Alanis Morissette sous Tranxène, avant de se voir sauvée par un final bordélique à souhait, évoquant tout autant Pavement que Dinosaur Jr. De manière générale, on sent que Courtney Barnett a poncé son bréviaire nineties. Petit air de PJ Harvey époque Rid Of Me sur l’introductive Stay In Your Lane, sèche comme un coup de trique ; coolitude solaire à la Breeders sur Wonder ; mood Liz Phair sur le binaire Mantis, dont le texte fait écho au visuel de l’album. Halo de college radio et de teen movie, jamais rien ne brusque, jamais rien ne force ou ne plonge, mais peut-être est-ce la nature placide de Courtney, que de ne pas grossir le trait. Et ainsi s’égrènent les rengaines, teintées de country (Site Unseen, featuring Waxahatchee), de garage pop (Great Advice) et de rock (Another Beautiful Day), les rengaines faussement sereines, les rengaines gentiment arrangées ; ici, des ponts mélodieux (Sugar Plum) et des chants d’oiseau, là, de belles saturations (Mostly Patient) ou des skanks reggae (Same, dont les claviers sont tenus par Floating Points), mais toujours, une ambiance middle-of-the-road assez frustrante, de laquelle aucune cime mélodique n’émerge. L’on supposera que chez Courtney, entre ruminations et procrastination, les tempêtes sont intérieures : voilà de quoi nourrir un disque aimable, mais sans relief. Surplace ou faux plat, on ne sait pas – malheureusement, Creature of Habit porte trop bien son nom.