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Cette nouvelle sortie de Will Oldham déçoit ses plus fervents admirateurs dont nous sommes chez ADA les dignes représentants.

On peut cependant reconnaître à ce dix-titres de belles trouvailles, osées et maîtrisées : l’introduction du saxophone dans la - ô combien fournie - foultitude de compositions de Will Oldham, les chœurs nombreux, folk, hippie, féministes, que l’on doit aux admirables Tory Fisher, Lacey Guthrie, Katie Peabody, Maggie Halfman, Catherine Irwin, Grace Rogers, Sally Timms (ah oui, je les mets tous). Les cuivres quant à eux sont très variés. Entre le cornet, du tuba, de la clarinette… Des flûtes, du bouzouki, euuuuh, de la harpe ? Du Moog ? Pfiou, on est d’accord, ça fait beaucoup. À quand le double album-coffret symphonique avec mug et tote-bag assorti par ce bon vieux Bonnie Prince Billy ?

Le hic, c’est que tout ça a beau être joliment ficelé, c’est un peu too much (j’ai pas cité l’accordéon) voire un tantinet trop US-vintage. Qu’entendons-nous par là ? Eh bien que, pour celles et ceux qui comme nous, accordent leur attention aux replays gratuits d’Arte, on se rapproche d’un album pas du tout indie qui ferait une belle b.o. à une certaine Moisson du Ciel. Le long-métrage de 1978 décrit les affres du travail ouvrier agricole doublé de l’appétit d’escroc d’un jeune Richard Gere. Des moissons pour lesquelles notre bellâtre sème la discorde dans une propriété idyllique et charmante tenue fermement par un Sam Shepard tout en gentillesse et en noblesse de coeur. Mais cette b.o. ne peut pas, non, ne DOIT pas dater de 2026.

Y a un truc qui tourne pas rond dans ce We Are Together Again. Un goût de trop, je vous dis, c’en est écoeurant. L’ arte povera des débuts, celle des Palace Brothers dans toute leur foutraquerie me manque, me manque tant. Les Tindertiscks nous avaient fait le même coup avec Simple Pleasure, un album joyeux, soul et jazz, bien bien trop gai pour les débauchés nihilistes habitués à l’incurable neurasthénie de Stuart Staples que nous étions alors (1999).

Nota bene : les paragraphes qui précèdent ont été écrits sous le coup de l’impulsion affligée du premier morceau de l’album We Are Together Again, sorti en mars dernier. Dès le deuxième titre on retrouve notre bon vieux Bill, les dissonances de sa voix si pointue en moins. En effet, les flutiaux d’une lointaine Irlande résonnent dans le fond, et sa voix s’est assagie, too bad. Le fausset dont elle se paraît ces trente dernières années (mon Dieu ce splendide Black/Rich Music écouté 1000 et 1000 autres fois dans nos chambres d’étudiants), ça c’était deep. Donc, n’y aurait-il ces flutiaux irlandais, on adhérerait presque au titre deux. On adore Simon and Garfunkel mais on aime encore mieux les dérapages vocaux auxquels Will Oldham et consorts nous avaient habitués. Sommes-nous devenus d’indécrottables réactionnaires ? D’ailleurs nous avons-vous confié la présence de pas mal de cordes et de sifflets sur We Are Together Again ? Ouaip, on est arrivés à un joli chiffre : vingt-deux instruments différents pour un album. Et une tonalité folk-hippie-berceuse-woodstockienne qui dégoûte. Y a un truc pas net là-dedans, comme si on se foutait de nous. We’re not buying it, Will.

On nous dit (sur leur bandcamp) : « La harpiste Erin Hill, qu’Oldham a rencontrée dans les années 1980 alors qu’il était encore enfant, chante et joue sur l’ensemble de l’album Davey Dead. Le cousin d’Oldham, Ryder McNair, a interrompu son travail d’assistant compositeur pour les productions de Ridley Scott afin d’écrire des arrangements pour quatuor à cordes pour ces morceaux, et le frère de Will, Ned, revient après vingt ans d’absence pour chanter et jouer de la basse. Cet album a été enregistré plus près de la rivière Ohio que tous ceux auxquels Oldham a participé depuis There Is No-One What Will Take Care of You de Palace Brothers en 1993 » . Possible, mais ces dix airs de cousinade foireuse (cousinade à laquelle ne manque que l’apparition d’un Kevin Costner larmoyant) ne panse pas nos coeurs blessés en ce Printemps chaotique.

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