12 avril 2026 / Si poignante est l’œuvre de Vertige que je peine à retranscrire l’importance qu’elle a depuis quelques années pour moi : sommet de noirceur mélancolique, naturaliste et sans concessions autre que d’ouvrir sur l’intime une fenêtre crue, lucide, pure de la pureté des âmes trop sensibles ; un morceau tel que Les Grands Précipices m’émeut jusqu’à la cassure – il est question de partage, d’espoirs déchus, de reniement de soi, de trahison, de perte, toute chose qu’en ce bas monde un cœur généreux malheureusement connaîtra. On ne souhaite à personne le pire, pourtant il advient. Et moi, soir après soir, heureux – malgré ce texte qui vous secoue des pieds à la tête – d’entendre une âme sœur. Publié en 2022, Aux Solitaires ! dressait le portait en creux – profondes abysses – d’une talentueuse multi-instrumentiste, aussi touchante que brûlée, dont l’activisme black metal se traduit par la gestion (en solo) du label Transcendance. Depuis 2018, le catalogue grandit et commence à avoir une sacrée gueule : Drache, Transcending Rites, Alukta, chaque disque patient imbibé de mélodies douloureuses et d’atmosphères lysergiques. Si furie électrique il y a, elle s’accompagne d’un goût certain pour la beauté sépulcrale, la mélancolie foisonnante, l’orage tempéré. « Laissez moi libre, je ne vais nulle-part ». Au-delà du mur du son, distordu, foisonnant, réverbéré, la frontalité de Marie s’exprime au travers de réquisitoires d’une justesse émotionnelle sans égal. L’âme sur le fil du rasoir. Quand elle parle, elle se livre, elle exprime une douleur inaliénable : fatigue, angoisses, frustration – « Je voudrais juste que l’on me prenne par la main ». Il faut un courage dingue pour chanter ses failles, ses fuites, ses larmes, ses horizons distendus. Il y a les guitares folk, le piano désarticulé, les claviers bourdonnants et les harmonies vocales, il y a aussi la colère, la déception, la doucereuse amertume. Avec un tel intitulé, l’immense Chute-Libre pourrait se faire l’éloge de l’abdication, mais il n’en est rien, tant cet album s’avère artistiquement – follement – ambitieux : mélodique et néanmoins tabasseur, ce disque au long cours, en huit compositions et plus d’une heure, est une chevauchée cataclysmique sur la route d’un nihilisme jamais poseur. On n’en sort pas indemne, mais c’est le prix à payer, que de suivre le cheminement intérieur de Vertige, et quand se tait le dantesque Le vide trouve un chemin, on se sent seul, mais également un peu moins seul. Magistral.