26 mars 2026 / C’est une association un peu bancale, presque suspecte, mais dès les premières secondes du nouvel album d’Aalborg, une image s’impose : une version sous assistance respiratoire de Fade to Grey de Visage, ralentie, exsangue, mais étrangement plus habitée. Une réminiscence fragile qui dit déjà beaucoup de la matière sonore que les Clermontois de Aalborg, manipulent ici.
On les avait laissés, grace au toujours précieux label Araki Records, sur un And This is How… qui ouvrait des brèches : Une plongée sublime dans les méandres d’un univers aussi lumineux, qu’inquiétant disions nous à l’époque. Cette fois, il ne s’agit plus de descendre, mais de dériver, un vol en suspension, porté par des courants invisibles.
Car ce nouvel opus se vit comme une œuvre en mouvement permanent, un disque qui se déploie à mesure qu’il avance, dévoilant son horizon à chaque virage. Sur WWD TRACT 8271, tout tient dans cette tension subtile, cette manière de faire vaciller la structure sans jamais la rompre. Aalborg cherche ici une forme de pop aventureuse, jamais opaque, toujours lisible, une ligne de crête tenue avec une élégance rare.
Le spectre de Morrissey plane, forcément, comment ne pas y penser en écoutant It’s Just Us, où affleure un lyrisme désabusé, presque romantique. Mais le groupe ne s’y enferme jamais : il traverse aussi les paysages indie pop des années 90, tout en ouvrant des percées expérimentales discrètes, comme sur Miracle, où le morceau semble constamment sur le point de se dissoudre. La mélancolie irrigue l’ensemble, comme un flux souterrain. Elle imprime sa marque sur The And Now, dont les structures instables rappellent ces terrains mouvants sur lesquels Thom Yorke aime s’aventurer en solo, zones de fragilité où tout peut céder, ou au contraire s’élever.
Et puis vient la fin, comme une échappée. Aalborg quitte peu à peu ses repères pour explorer d’autres territoires, d’autres possibles. The House By The Bond nous laisse dériver, suspendus à l’espoir de ne jamais atteindre la rive, tandis que The Toad, The Hare and The Deer (fausse fable, vraie sortie de piste ) referme le disque avec une étrange douceur.
Un album qui questionne autant qu’il enveloppe, et qui, dans un geste presque paradoxal, nous invite à regarder en arrière pour trouver, peut-être, une issue.
Délicieux.