3 janvier 2026 / Quelle étrange manière pour moi de me préparer à la félicité d’une nouvelle année, comme si cette bascule calendaire avait une quelconque incidence dans la marche du monde, comme une remise à zéro des compteurs. Sauf que pour revenir, il ne faut certainement pas en être aussi loin que nous pouvons y être à l’instant où je vous parle. Nous nous enfonçons dans les tréfonds d’un abîme que nous ne pensions possible que dans une dystopie, le rebond est impossible, et c’est pour cette raison que Black Swan, qui marque les débuts en solo de Thomas Schmidiger (aka Tender Ender) n’est pas si incongru. Car si l’homme est un amoureux de l’œuvre d’Elton John, c’est vers le dernier album sépulcral et prophétique de Bowie qu’il est conseillé de se tourner, comme pour y piocher la palette des couleurs qui seront celles qui donneront le ton de ce Black Swan. Dans ce disque qui traite de nos affres, les protagonistes sont maquillés, les aspérités arrondies, l’aigre légèrement doux, les pics polis par les draper orchestrés d’une pop qui ne se donne aucune limite. L’atmosphère pesante se voit jouer un second rôle au fil des écoutes, et Thomas se muant en un crooner espiègle, jouant avec les sentiments comme un clown jonglant avec une dizaine de quilles, le tout sur un fil rendu au-dessus d’un précipice. À l’époque où une série traitant de deux mondes parallèles cartonne sur une plateforme de streaming, Thomas Schmidiger capte cet air du temps pour en faire œuvre protéiforme et se rapprochant de l’excellence pop, quand celle-ci s’éloigne de ce mot à bannir, l’efficacité. Un album qui nécessitera bien plus qu’une révolution cosmique pour en faire le tour.