18 décembre 2025 / On entend le souvenir de Sam Burton, d’un album ici chroniqué (Dear Departed, en 2023) dans ce Ron Gallo, ainsi que de l’ Arlo Guthrie. Pas si étonnant de la part d’un artiste dont la biographie bandcamp nous annonce qu’il « tue son ancien moi » (« kill this old self ») avec cet album Checkmate. Tout jeune et déjà tué ? Tiens.
Tant de folkitude et de cynisme, c’est - avouons-le - c’est un peu usant. Déjà-vu. Même Devendra Banhart n’en reviendrait pas de tant de nostalgie sur « Too Tired to Love You » . Ron Gallo surfe sur du Herman Düne sauce Babyskins et même dans des vaguelettes Adam Green-esques époque Moldy Peaches.
L’ intérêt de sortir un tel album en 2025 nous échappe quelque peu. Besoin d’introspection, oui, nous l’avions compris. Besoin de renouveler un stock de chansons qui aurait pu végéter depuis trente ans. Et encore. Cette néo-folk qui use des réseaux sociaux et d’une ultra-connectivité prégnante ne s’entend pas : c’est pourtant là que le bât blesse. Une intention louable, des morceaux sympa, mais un mode de diffusion qui contre-carre le propos. En effet quand les ficelles sont modestes, et que les textes se veulent dénudés, que les instruments vintage sont de mise, Ron Gallo utilise un sacré arsenal de pièges numériques (15 000 vidéos Instagram, 3240 clichés glamour en veux-tu en voilà de son couple) pour se faire entendre. Or, il semble que le choix de ces armes soit contradictoire pour les folkeux de son espèce.
Ça sonne pas mal, attendez, ne vous méprenez pas, mais avait-on vraiment besoin d’un tel album en ce terne mois de Décembre ? Pour Ron Gallo, sans doute, oui, Bob Dylan est toujours dans la place, après tout. Mais on s’interroge sur la nécessité de cet arte-povera musical (quand le coût de la location de studios d’enregistrement et de loyers est élevé partout : justice nulle part). L’artificielle humilité hippie de Checkmate nous laisse un goût trop riche de latte hipster et brooklynien. Ça fait « toc », sorry for your old self, Ron. Besoin d’introspection, oui, nous l’avions compris.
Une fois, Scout Niblett (qu’on adore) a bossé avec Albini (qu’on adorait). Ça donnait la même impression d’une débauche de moyens… pour quoi ? Juste « ça ». Tout simplement « ça ». Checkmate sans doute, oui, sauf qu’en français « échec » signifie aussi ratage en règle. C’est peut-être le cas de cet échec et mat indie dont la bourgeoisie ne se dit pas.