13 décembre 2025 / Un zeste de bubble (Diabolo) gum, tout en se douchant « sous l’orage, Manger des glaces ». On devine une adolescence de jeune zonard sans relâche aucune. Relâche, le titre de cet album comme un nom de spectacle dada. À défaut de nous dire dadaïstes, nous sommes tous d’ex-jeunes zonards. D’ex-ados en mal de vie intense. Le premier titre de l’album de Papapla, c’est « Floride ». À la fin des années 90, comme beaucoup d’entre nous, on écoutait les Little Rabbits, et ici : « Pendant que maman rame, Pendant que papa cuve, Passer le temps, que faire ? Traîner avec les potes, que faire ? Cracher sur les voitures. » « Floride », le texte, c’est Daniel Darc composant la b.o. de Gummo - une fois qu’on l’a vu, ce film, on ne risque pas de l’oublier, n’est-ce pas ?
« Se doucher sous l’orage », c’est idem. Pour l’avoir fait, on ne risque pas d’oublier que c’est Papapla qui le chante tout en rapiéçant par-dessus du Diabologum arrangé par Bertrand Burgalat. Les Papapla sont-ils authentiques pour autant ? Mais oui ! Bien sûr que oui ! On cherche sur les webzines et sur leurs quelques interviews - qu’on peut trouver en ligne également. On écoute l’album. Mais oui ! Personnellement ça doit faire vingt ans que je pense qu’ils sont de Rouen (à cause du groupe Papanosh, qui commence par Pa lui aussi), ça m’a laissé le temps de m’inventer toute une fantasmagorie, un storytelling quoi, des réseaux eh ben… Faux ! Complètement imaginaire. Rennes c’est pas Rouen, et le maillage rennais autour de Papapla non plus.
Quel intérêt d’évoquer ces détails, me direz-vous ? Pratiquement aucun sauf celui, peut-être, de préciser les contours d’un univers propre à Rennes, qui donc influe évidemment sur la vie, et donc sur l’art de Papapla. Tout semble avoir commencé en 2016 (en vrai tout a probablement commencé à la naissance de Thierry et de Martial, les membres fondateurs du groupe, mais bon, on va écourter la longueur des chroniques, car encore faut-il qu’elles soient lues !) quand les deux amateurs de rock indé, de pop, et surtout quand ces deux musiciens se disent : « Et pourquoi pas nous ? » Les « Papas plats » sont nés.
Loin de n’être que de plats ersatz de carton en bouts de table (allez donc chercher ce que sont les « flat daddies » vous ne serez pas déçus) Papapla porte bien son âge, et donc opère depuis Rennes. Parce que musique indie, parce que Transmusicales, parce que concerts, et puis tellement d’influences que même chez ADA on n’en démarre pas la liste. Rennes et le shoegaze, tiens. Ça c’est à cause de certains accords sur « On Opine du Chef ».
Papapla a la classe, Papapla puise dans le réel, Papapla claque trois-quatre accords de guitare claire sur « Posidonies » dont la prose mélancolique nous renvoie à l’absurdité de notre quotidien. Mais ne serait-ce pas une des raisons pour lesquelles les Papapla sont là ? Nous donner la possibilité d’une chanson pour (mieux) l’accepter, le quotidien. On vous laisse méditer cette chimère en écoutant Relâche, l’album. C’est pas du Picabia, c’est pas du dada, on vous le redit : c’est du Papapla.