20 novembre 2025 / Si la Toulousaine Julii Sharp puise ses racines dans l’œuvre d’une très fréquentable Sainte Trinité nord-américaine (Karen Dalton, Patti Smith, Leonard Cohen), c’est bien l’ombre de Neil Young qui plane sur les dix compositions d’un Burning Line à la croisée des chemins, entre folk et électricité : l’entraînante mélopée Pirate In The Room évoque The Organ (mélodie linéaire, clavier minimaliste) ou Porridge Radio (liberté luxuriante), mais le climax final, fiévreux d’arpèges saturés, appartient au Loner. Enregistré en trois jours – et en live – par le compositeur Olivier Cussac, le premier album de Julii Sharp invite à la rêverie : ballades aériennes (la délicate rengaine Burning Line, timbre clair, chœurs à la tierce, lacérations de motifs distordus), comptines réverbérées (Phantom et ses arpèges cristallins), ritournelles acoustiques (Atmosphere, entre Daughter et Nick Drake), que surplombe un chant vivant, expressif et sensible, dont la justesse harmonique fera parfois frissonner. Belles de cette familiarité que l’on ressent face à une œuvre amie, les chansons de Julii évoluent entre chien et loup – ainsi le folk rock country AB November, rappelant Harvest et Tarnation, ainsi l’ébouriffante cavalcade post-punk Chrysalis, forte du contraste entre la voix et la rythmique linéaire, procédé qui rappelle les Throwing Muses. Et puis il y a le lent crescendo de Balconies (batterie feutrée, tension par la répétition, nuage de delay – dynamique The National), le changement de tempo de Rainbow (du ternaire au binaire, effet garanti), le pont post-rock de la somptueuse Loratzerat, le mood shoegaze de la vaporeuse Neige : le chien folk, le loup électrique, la mélancolie, la félicité, l’épure, le foisonnement, Julii Sharp et ses collaborateurs (Paul Couvreur, Félix Roumier, Tristan Bocquet) ne choisissent pas, ou choisissent tout. Confirmant les promesses entrevues sur le EP Toucan (2023) et magnifié par une production organique, à l’os mais néanmoins chaleureuse (on se croirait dans la pièce avec les musiciens), l’impeccable Burning Line est addictif tout autant que réconfortant. C’est simple, je me sens chez moi.