17 novembre 2025 / Back to Tucson. Forts d’une carrière ascendante, les frenchies The Little Rabbits s’exilaient en Arizona pour enregistrer, sous la houlette du producteur Jim Waters, leur troisième album, un Grand Public paru en 1996, et – contrairement à ce que son intitulé laisse entendre – moins accessible que leurs opus précédents. Il y a que le groupe – jamais avare en expérimentations – ne souhaitait pas interpréter ad vitam nauseam l’irrésistible The Days She Cries et autres La Mer, inénarrable reprise de The Jazz Butcher. Musiciens lettrés, toutes guitares, arrangements malins et vocalises fiévreuses devant, les insaisissables Rabbits se rêvaient sans attaches – il leur fallait donc couper les ponts avec la folk espiègle qui fit leur renommée, au risque de perdre en route leur public. Las. Deux opus plus tard, les Nantais mettaient la clef sous la porte, sans pour autant lâcher l’affaire : (entre autres) composition de la bande son du film Atomik Circus, le retour de James Bataille, le duo Dillinger Girl and Baby Face Nelson (Federico Pellegrini et Helena Noguerra), ainsi que l’aventure French Cowboy, soit quatre anciens Lapins, dont le guitariste Stéphane Louvain, que l’on croisera par ailleurs sur scène auprès de Katerine et Jeanne Cherhal, ou derrière le projet Blond Neil Young. Presque trente ans après Grand Public, sous l’alias Wolfine (ne pas confondre avec le colombien Andrés Felipe Zapata Gaviria, qui œuvre dans le reggaeton - argh), Stéphane retrouve Tucson et le fidèle Jim Waters, afin de donner vie à son premier opus solo, dont l’intitulé claque au vent comme un étendard pirate : D TCH THE B CH, LET’S GO FISHIN ! Épaulé par des formations locales (Golden Boots, The Pork Torta, Sad Reptilian, The Websites), le Nantais touche-à-tout nous rappelle à quel point il est fin mélodiste – la ballade noisy folk J’Aime Pas et ses cascades de chœurs, le savoureux midtempo slacker Sweetest Curse (coolitude mélancolique), la planante mélopée arpégée Pour Toujours et le lo-fi The Beauty Of Solitude – mais n’en oublie pas son amour du binaire (le grungy What’s Going On Over Here ; le kraut-boogie synthétique L’Ambulance ; le garage blues sonique The Pogo Dance, mood heavy metal) et des pas-de-côté, à l’instar de l’instrumental drone lounge western Les Oiseaux et de l’intermède Apocalyptic Quest. Bigarré mais cohérent, intrigant tout autant que galvanisant, inspiré et décontracté, l’album se termine sur une version convaincante, indus-gospel, du Transmission de Joy Division : se ressourcer dans le désert, bon plan.