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Quoi, une chronique de Robert Plant sur A Découvrir Absolument, défenseur de l’underground devant l’Éternel ? Bah oui, cloué au lit par un mal de dos, j’avais comme une envie de réconfort. S’adjoignant les services du groupe Saving Grace, basé à Stourport-on-Severn, dans les Midlands, le fauve hirsute de Led Zeppelin a depuis longtemps limé ses griffes et, puisant dans le blues, la folk et le gospel, nous offre un solide recueil de reprises et de chansons traditionnelles américaines. Ici, point d’Alison Krauss, duettiste régulière de Robert (notamment sur Raise the Roof, couronné en 2023 aux Grammy Awards), mais la chanteuse Suzi Dian, joli timbre de voix, souvent mis en avant – à croire que Percy (surnom taquin hérité de sa période dorée) tenait à se fondre dans le collectif. Tigre devenu bison, espèce en voie de disparition – au compteur, soixante ans de carrière depuis ses débuts avec The Delta Blues Band et The Crawling King Snakes, et déjà la musique du diable coulait dans ses veines. Ainsi, dans ce Saving Grace à la production organique, il rend hommage à des figures tutélaires telles Blind Willie Johnson (le feutré country blues Soul Of A Man) et le couple de songwriters Memphis Minnie & Jansas Joe McCoy (Chevrolet, complainte country folk bourdonnante, rythmique rollin’, banjo, accordéon), mais également à des œuvres plus récentes, dont le merveilleux Everybody’s Song de Low, passé au tamis berbère, comme à la grande époque de sa collaboration avec Tinariwen : hypnotique, ondoyant, incandescent, d’un désert l’autre. Du drone Gospel Plough, spiritual repris en son temps par Bob Dylan, au fabuleux Ticket Taker de The Low Anthem (version folk gothique, guitare en picking, épurée, poignante), c’est un pan d’histoire qui défile dans nos oreilles. Mention spéciale au quasi a cappella I Never Will Marry, guitare électrique réverbérée et violoncelle, si naturaliste qu’on entend les bruits de bouche, la reprise du souffle, et même le silence – chamanique. Robert gagne en intériorité ce qu’il perd en fougue, même si parfois la fièvre le reprend, comme sur la rengaine folk déstructurée Too Far From You, quiétude, beauté, crescendo western, la batterie se pointe, pont psychédélique 70s, saccades rythmiques à la John Bonham, final gospel envoûtant, réminiscences The Mighty Zep. Avec cet orfévré Saving Grace jamais nostalgique, Robert Plant démontre que l’on peut être, et avoir été. Ce n’est pas donné à tout le monde.




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