> Critiques > Labellisés



Ébouriffant. Épuisant. Deux revers, pour une seule et même médaille, celle de la persévérance. Il aura fallu presque vingt ans aux Cardiacs pour boucler LSD, leur sixième opus depuis la formation du groupe anglais en 1977. Étalées sur trois décennies, les sessions de travail, dans un premier temps fructueuses, seront mises en pause à plusieurs reprises, le chanteur Tim Smith ayant - après un concert de My Bloody Valentine (auquel j’assistais) - subi un AVC, qui le laissera momentanément paralysé, avant qu’un infarctus ne l’emporte en juillet 2020. Si l’essentiel de l’album avait été enregistré avant l’accident, il a fallu doubler certaines parties vocales et finaliser les arrangements – haute couture, puisque pas d’effet Frankenstein, de bout en bout la production est homogène, même s’il n’est pas aisé de déambuler dans les dix-sept compositions de LSD : dès l’ouverture, Men In Bed, chœurs vigoureux et cordes à l’unisson, nous propulse dans un univers à la théâtralité perturbante. Dans quelle faille spatio-temporelle sommes-nous tombés ? Entre hard rock et comédie musicale, au fond d’un pub les personnages de Sesame Street interprètent The Phantom Of The Opera, ou l’inverse, voici The May. Puis Gen, embardée garage orchestrale, ponts grandiloquents, barrés. Et aussi le post-punk acidulé Woodeneye, la ballade prog luxuriante Spelled All Wrong (mélodie évoquant David Bowie), la pop folk sixties psychédélique The Blue And Buff, le psych baggy ondoyant Skating : structures alambiquées, suite d’accords baroques, effervescence diabolique, à tel point que l’on se croirait chez Sparks – motifs post-punk, folie douce, voix de fausset, Volob est une indiscutable tuerie. Et les cuivres qui s’entremêlent sur Ditzy Scenes, et les shalala sur l’hymne proto-punk A Roll From A Dirty Place, et le lyrisme de série B de Busty Beez, on ne sait plus où donner de l’oreille. Un tourbillon kaléidoscopique de quatre-vingt minutes. Épuisant. Ébouriffant. Une seule médaille, vous disais-je, mais elle est en or.




 autres albums


aucune chronique du même artiste.

 interviews


aucune interview pour cet artiste.

 spéciales


aucune spéciale pour cet artiste.