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Esthétique de slip sale. Voilà ce qui me vient en tête à l’écoute du quatrième album de Jessica93, enregistré dans le studio d’Arthur Satàn, à Bordeaux – deux sessions de trois jours, looper, guitare, boîte à rythme vintage, basse géométrique, huit morceaux (dont un tube, La Colline du Crack), emballé, c’est pesé. Pour la première fois, la voix de Geoffroy Laporte – jusqu’à présent noyée dans le mix ; par pudeur, probablement – se voit mise en avant : c’est l’occasion de chanter en français, histoire de mieux injecter saillies saignantes, uppercuts sociologiques et constats désabusés, à l’instar d’un Florence Rey empli de noirceur crue. "C’est la police qui nous tire d’ssus / C’est mon trou d’balle qui leur chie d’ssus ". Beat lourd, basse réverbérée, guitares noise, ambiance doom et dark, que transperce un étrange solo british. Plus loin, poésie sale, mais poignante, ça parle de came, c’est Bébé Requin (évoquant le tatouage d’une amie décédée), mélodie rappelant Indochine et – en guise de pendule – un groove martial, hypnotique : « Comme tu disais / Tout ira bien / Une fois au large, au sanctuaire des requins ». Passage à l’anglais avec Le Grand Remplacement, « The Alien War Begins » (référence au jeu vidéo Contra III), mantra éthéré sur fond de gros riffs doomcore, un zeste de shoegaze, Enya au pays du metal. Moyennement convaincant, d’autant plus que le noisegaze Frappe Chirurgicale et son refrain neuneu (« Nique sa mère / Nique sa grosse mère »), ainsi que l’interminable lambada noise orientalisante Brûlure Indienne, s’avèrent peu transcendantes. La limite, avec la méthode de Jessica93 (un patient empilage de boucles sonores), c’est que ça étire considérablement les intros et les ponts, au risque de diluer la tension. Néanmoins, si l’on est amateur de désespoir mordant made in France (Boy Georges Noir, Usé et autres Gwendoline), 666 Tours De Périph’ reste un cru très correct, Geoffroy disposant – dans sa manche rapiécée – d’un brelan d’as (de pique) : le dantesque semi-instrumental noisegaze L’Empire n’a Jamais Pris Fin et ses percussions tribales ; l’incantatoire coldwave Purifier (inspiré par le film d’Ari Aster, Midsommar), beat frontal, ondées noires, tripes à l’envers ; et surtout, l’imparable ballade shoegaze La Colline Du Crack qui, à partir d’une suite d’accords très classique, transcende un texte à la simplicité assumée et un mood casse-gueule, à la limite de l’emo, pour en faire un véritable crève-cœur – « C’est pas fait pour toi / D’sauter sans parachute / Quand t’as enfin atteint le nirvana / De la colline du crack ». On suppose qu’une telle chanson doit être pour Geoffroy vertigineuse – les claustrophobes le savent, il faut un certain courage pour ouvrir les volets et laisser entrer la lumière.




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