19 novembre 2025 / Ambitieux jusqu’à la démesure. En un geste ample et généreux, je me propose d’évacuer illico presto les sujets qui fâchent - l’affaire du tee-shirt à l’effigie de Burzum, les accusations de satanisme, les annulations contraintes de concerts programmés dans des lieux de culte -, l’iconoclastie étant à géométrie variable, et l’asymétrie idéologique la marque de fabrique des bienveillants auto-proclamés. C’est ainsi que, sans œillères ni préjugés, je me plonge dans le gargantuesque sixième album de la suédoise Anna von Hausswolff : une vingtaine de musiciens à l’œuvre, douze compositions bourrées d’arrangements monumentaux et d’expérimentations aventureuses, soixante-dix minutes d’un tourbillon sonore qui me laissera littéralement sur le carreau – essoufflé. S’ouvrant sur l’instrumental jazz avant-gardiste The Beast (motifs répétitifs noyés dans la réverbération, lancinant bourdon), Iconoclasts empile les climats incantatoires vaguement exotiques à la Dead Can Dance, les orchestrations pompeuses dignes d’un Hans Zimmer sous amphétamines et l’emphase d’une Céline Dion époumonée – il faut dire qu’Anna chante la plupart du temps à gorge déployée, d’une voix puissante en quête d’urgence, de danger, de sorties de route. Ainsi le lyrisme singulier de Facing Atlas, dont la suite d’accords rappelle étrangement celle du Sometimes de James (probablement un hasard), ainsi l’interminable bouillie cinématographique The Iconoclast, portées par des percussions martiales, perdue dans sa narration éclatée et sa structure inutilement alambiquée, ainsi les sonorités orientalo-celtiques kitschs de Struggle With The Beast. N’est pas Björk qui veut, même si la mélopée-tunnel luxurieuse The Mouth et le chaloupé Stardust tentent de s’en rapprocher. Et que dire de ce The Whole Woman gênant durant lequel Iggy Pop se prend pour Johnny Cash et Anna pour Dolores O’Riordan ? La mélodie est probablement poignante, mais gâchée par une interprétation à la limite de la parodie. Également à l’affiche, la floridienne Ethel Cain s’en sort à bon compte sur la jolie ballade réverbérée Aging Young Women, tandis que le magnifique Unconditional Love, ondées de nappes synthétiques et d’orgue, chant à la tierce, cordes entremêlées, met à l’honneur la sœur cadette d’Anna, la réalisatrice Maria von Hausswolff : point commun de ces deux titres ? Anna se fait discrète. Il faut croire que la retenue sied mieux à son talent, qui par ailleurs reste indéniable – en témoignent les louanges accompagnant la parution d’Iconoclasts. Louanges qu’irrévérencieusement nous ne tresserons pas, puisse Anna von Hausswolff nous pardonner.