11 novembre 2025 / Le nouvel album du quintet Other Lives, formé en 2004 à Stillwater (Oklahoma) par Jesse Tabish et dont le troisième opus (Rituals, 2015) nous avait particulièrement séduits (« un orgasme sonore, larmes et lux æternam »), est très court (une demi-heure) mais s’avère bourratif en diable. En effet, derrière un bien sobre intitulé (paradoxe, quand tu nous tiens), Volume V nous propose un interminable pandémonium de pop orchestrale aux arrangements aussi luxueux qu’usants : débordant d’arrangements épiques et de mélodies glorieuses, l’ensemble se rêve cinématographique (John Barry, Henry Mancini, Ennio Morricone) mais vise à côté, sombrant malheureusement dans une emphase évoquant The Verve (les refrains étouffe-chrétien de la ballade de cow-boy What’s It Gonna Take), Arcade Fire (le presque convaincant Versailles, trop de forçage émotionnel tuant l’émotion) et même Coldplay (One For The Kids ; le tire-larmes Read My Mind, qui me fait penser, allez savoir pourquoi, j’ai peut-être le cerveau qui fond, à l’atroce Manhattan-Kaboul d’Axelle Red et Renaud). Soucieux de ménager ses effets (ou de nous offrir un répit mérité), Other Lives délivre un instrumental easy listening (le baroque Heading West, dégoulinant de violons Royal Canin et de chœurs réverbérés), ainsi qu’un court intermède sans intérêt (Outro, placé en milieu de disque, lol). Si l’étonnant Cisa Cisa tente le pas de côté, c’est pour nous entraîner dans une bouillie garage orientalo-kraut qui ferait marrer The Cramps mais, assommé par les cascades de claviers, de cordes, de cuivres et autres empilements sonores sans fin, je n’ai plus la force de sourire. Si l’ambition artistique à l’œuvre sur ce Volume V est louable, en musique comme en cuisine, tout est affaire de dosage. Or, il semblerait que, dans un élan de trop grande générosité, Jesse Tabish et ses comparses ont vidé le contenu de leur garde-manger dans la marmite pop, résultat, plus rien n’a de goût. Bienvenue chez O’Tacos.