25 septembre 2025 / Ce que j’aime observer, quand la blogosphère underground s’entiche d’une artiste mainstream telle que Ciara Mary-Alice Thompson, c’est l’absence totale d’honnêteté : l’on joue à qui mieux-mieux fera comme s’il savait à quel point l’Irlandaise CMAT est douée, quand bien même l’on n’avait jamais prêté attention à ses deux premiers opus (If My Wife New I’d Be Dead – 2022 ; Crazymad, For Me – 2023). Fouillez les archives de webzines laudateurs tels que Benzine, Les Oreilles Curieuses ou Sound Of Violence, vous verrez : nada. Il en va ainsi de la quête de crédibilité, qui fait d’un chroniqueur - planqué derrière son ordinateur moisi - un faussaire à la solde des labels (disques gratuits), un escroc accroc aux amitiés truquées avec les attachés de presse (places de concerts gratuites, vodka gratuite), un apôtre médiocre aux injonctions faciles (conseils gratuits, tweets as cuic-cuic, oiseau bavard without balls) ; après tout, les mots, les mots dithyrambiques, ça ne coûte pas grand-chose et n’engagent que le couillon qui y croit et achète les disques. Mais il y a que, quand la soupe est si bonne (coucou nos médias nourris de publicités trompeuses et de subventions étatiques – pas pour rien que Gigi Boy Gorbatchev a félicité la France pour avoir accompli le rêve communiste), c’est normal d’avoir peur de passer à côté d’un potentiel phénomène culturel (ces dernières années, Taylor Swift, Billie Eilish, Charlie Chiffres Romains), d’autant plus que la crainte de se voir taxer de snobisme est grande. Raccourci idéologique : tu ne kiffes pas, tu es facho, achète Télérama et du SOJA. Ayant pris connaissance de la rhétorique fumeuse qui sous-tend cette chronique, vous vous demanderez pourquoi je m’aventure dans cet Euro-Country à la pochette savonneuse (moche, cool, cheap, bravache, tout à la fois) : je suis une hyène culturelle. Je mordille les basques du mainstream, mais ne demande qu’à être séduit – j’ai grandi dans les eighties, Prince, Madonna, George Michael, aucun complexe à admettre que non seulement j’aimais ça, mais qu’en plus, même aujourd’hui, c’est du good job. Telle est la pop music, tube bien fichu, on frétille. CMAT, déjà, les titres sont marrants, à l’instar de l’inaugural Billy Byrne From Ballybrack, The Leader Of The Pigeon Convoy, on se croirait chez Dickens ascendant Danny Boyle. La chanson Euro-Country est effectivement un tube, entre Lana Del Rey (pedal steel guitar planante, réverbération, décontraction langoureuse) et Adele (la batterie roule et roule et roule, british soul dans l’air), l’on comprend pourquoi ça cartonne : mémoire de soupes aux légumes avalées enfant – terrain connu, répit, repos, et puis l’ennui. Il est où est mon steak saignant ? S’ensuivent une collection de chansons country-soul flamboyantes (When A Good Man Cries), de scies habiles à la Wet Leg (The Jamie Oliver Petrol Station), de ritournelles théâtrales qui sentent la selle en cuir (Tree Six Foive), de pop song à la Katy Perry (Take A Sexy Picture Of Me – argh), de ballades informes dignes des Cranberries (Ready), d’americana archi-revu (Iceberg) et autres fadeurs néanmoins interprétées avec une sorte de conviction marrante qui sauve l’ensemble. Parce que oui, CMAT chante vraiment bien, et ses textes sont drôlatiques : de là à s’extasier, bof. CMAT, CBIEN ? Oui. CMAT, chantre d’un mainstream aventureux ? CNON.