8 septembre 2025 / C’est l’histoire d’une éclosion tardive. La quarantaine passée, la multi-instrumentiste Kathryn Joseph publiait un premier opus à l’intitulé particulièrement glaçant (Bones You Have Thrown Me and Blood I’ve Spilled, 2015), qui lui valut de remporter – au nez et à la barbe de pointures telles que Belle and Sebastian, Paolo Nutini et Mogwai – l’award du meilleur album écossais. S’ensuivirent une signature sur Rock Action (le label de Mogwai, pas rancuniers pour un sou), deux disques, des collaborations avec RM Hubbert et James Graham (The Twilight Sad), de la composition pour le théâtre et le cinéma ; décade fructueuse pour la native d’Inverness, qui revient avec un quatrième long format, enregistré au calme sur l’île de Lewis (Hébrides extérieures, côte ouest de l’Écosse – pour l’anecdote, Bouli Lanners y a tourné en 2021 L’ombre d’un mensonge) avec l’aide de Lomond Campbell, soit un recueil de onze chansons synthétiques crépusculaires, entre mélopées habitées (l’introductif Wolf, envoûtant), mélodies fragiles (Dark, dans son lent crescendo, rappelle Low) et trip-hop mutant au bord de l’asphyxie (Harbour) – magnétique. Il y a que le parti pris sonore de We Were Made Prey – interprétation à l’os, aucune esbroufe, arrangements épurés au profit d’un solide travail sur les textures et l’atmosphère – caresse le creux de l’oreille. À défaut d’une écoute attentive, l’on prend le risque de passer à côté d’un opus qui patiemment dévoile ses charmes : ainsi le court interlude lynchien Bel (II), ainsi Before, qui chasse sur les terres de Radiohead, ainsi la flânerie bucolique Deer, évoquant les émouvantes pérégrinations de Low Roar (Hideo Kojima, tu ne fais pas tout bien, mais choisir des morceaux du regretté Ryan Karazija pour illustrer Death Stranding, idée du siècle). Ici et là, dans le brouillard synthétique, planent les ombres de Beth Gibbons (Drawn, magique), Adrianne Lenker (Roadkill) ou Tori Amos (Hold). La fin de We Were Made Prey est moins convaincante et lorgne vers la rengaine maisntream (Children), la faute peut-être à une formule qui peine à se renouveler sur la durée, mais si l’été et ses injonctions au bonheur vous oppressent, l’ensemble mérite que l’on s’y attarde : à vous les vacances dans un cocon.