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Avec M6 pas de surprise, la majeure partie de la programmation présente autant d’intérêt que la réponse à la question : peut-on qualifier les relations entre Melle Marquay et M. Ducruet d’ " inappropriées " (copyright Bill C.). Nip/Tuck, Sex And The City, quelques Alternatives, rediffusions de vieilles Routes du Rock et peut-être La Nouvelle Star mis à part, le reste ne concourt qu’à vendre à une marque de soda du temps de cerveau disponible. On ajoutera cependant Malcolm. Une série gentiment subversive qui met en scène une famille américaine (tiens donc…) aux prises avec les difficultés inhérentes à l’éducation de quatre pré ou post-adolescents -dont l’un, Malcolm, surdoué. Abordée sous un angle humoristique -les épisodes s’articulent autour des conséquences de l’hystérie éducative maternelle, de la non-directivité du père et globalement de l’ensemble des conneries que les enfants inventent dans cet espace entre autoritarisme forcené et laxisme mal assumé- la série met en scène des parents qui ostracisent leur progéniture de la demeure familiale quand elle refuse de s’excuser pour un comportement déviant ou qui plus généralement leur hurlent dessus ou les malmènent physiquement de façon quasi permanente. Malcolm ne se veut pas une Thema récurrente du style " Education : peur de l’anomie et directivité " avec convocation de Rousseau, Claparède, Alain ou…Le Doc mais offre néanmoins de manière insidieuse des pistes de réflexion sur l’évolution de l’éducation aux Etats-Unis, tantôt directive, tantôt concertative ou délégative mais au final inefficace. La comédie comme produit d’appel pour une prise de conscience des travers sociétaux. Pas neuf mais positivement efficace.

Malcolm la série partage plus que son patronyme avec Malcolm (Middleton) moitié d’Arab Strap. L’un comme l’autre masquent sous des atours immédiatement aguicheurs la profondeur solennelle de leurs propos. Malcolm Middleton signe ainsi avec Into The Woods un disque magistral qui hésite sur l’ensemble de ses douze titres entre hédonisme fugace et dépression sévère mais cathartique. Prenez " Break My Heart ", plage 1. Magnifique explosion pop où piano et voix se tirent la bourre avec batterie, guitare et violoncelle. Du Belle & Sebastian (post-cuite) dans la forme qui crée une furieuse envie d’empoigner sa dame pour tournoyer jusqu’à épuisement. Benjamin Castaldi dirait " que du bonheur ". Et on lui conseillerait de cesser rapidement avec ce gimmick foireux et de réviser son anglais. Cette envolée introductive se voit en effet méchamment plaquée au sol par les mots : " I’d Rather Feel Full Than Sing These Shit Songs ". Bon pardon, nous on croyait naïvement en ton indéfectible talent. " Loneliness Shines " et " No Modest Bear " suivent un schéma identique. La première monte un mur de guitares traitées de manière mybloodyvalentinienne démoli en son centre par un break de batterie belliqueux uniquement mâté par les vocalises " fond de fût " d’un Middleton tout poitrail en avant. La seconde, l’un des points d’orgue ce deuxième album de l’Ecossais triste, s’articule autour d’un motif de synthé acide et d’un beat aride avant de se muer en bande-son d’une parade militaire discoïde. Sur ce " Modest Bear " parfait, une voix féminine répond à Middleton et " incarne " les paroles chantées ; une histoire d’amour épanouissante (!) : " We’ll Go To The Ferry And Get Some Chips/ And Then I’ll Kiss Your Salty Lips ". Roideur de la musique/douceur des sentiments. Le rapport s’inverse sur le titre suivant, " Monday Night Nothing ". Une pop-song joyeuse aux accents celtiques évoqués par un violon qui lui confère des airs de gigue. Les paroles cassent une fois de plus une ambiance trop idéalement paisible : " And There’s Nothing Wrong About Hating Yourself ". " Bear With Me ", " A Happy Medium " -hallucinant titre où Middleton élabore un canon avec une voix féminine démultipliée, le tout sur une base rythmique 2-Step qui explose sous les kicks d’une mauvaise boîte à rythme !- " Autumn ", " Burst Noel ", " Choir " (dans une veine Arab Strap nettement identifiable) creusent ce sillon thématique et multiplient les directions musicales. L’auditeur accède alors à la onzième plage, " Solemn Thirsty ". Déchirante marche pseudo militaire fendue de part en part par un motif de guitare acoustique cristallin, des synthés gothiques-tocs et une ligne de chant féminin légèrement traitée. Idéal habillage sonore d’une préparation au combat que l’on devine perdu et meurtrier.

Into The Woods, disque exigeant qui ne se dévoilera qu’au prix d’une acceptation de son ambivalence thématique et sonore, révèle un Middleton ultra-talentueux qui dépose un L Pierre (A. Moffat) au sommet du col de l’Excellence dans le cadre d’une compétition fraternelle pensée pour les besoins de cette fin de chronique. En d’autres termes, ce disque figurera sans nul doute parmi les prétendants aux accessits de fin d’année. Alors vendez votre autographe de Florence Aubenas chopée au Bourget et avec le pécule offrez-vous Into The Woods. Pleurons ensemble plutôt que séparément. .




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