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Je me souviens, ne me demandez pas pourquoi, car la musique a des raisons que la raison ignore, d’un sublime disque aux couleurs orientales, aux pigments nord-africain qu’avaient crée Jaz Coleman de Killing Joke et Anne Dudley de Art of noise (si ma mémoire ne me trompe) qui s’intitulait "Songs of the victorious City" et était dédié au Caire. Ce disque a une histoire d’accident, puisque fan des Killing de « nightime » et « Thousand sun » et connaisseur des « Peter gun » et « Moments in love », je pensais me trouver là devant une ouvre gothique-baroque étincelante d’électricité, ce qu’on appelle acheter les yeux fermé. Désabusé au premier abord, je découvrais des richesses qui s’étendraient plus tard dans des Dead Can Dance, Cocteau Twins et quelques chill-out arabiques, voix bulgares et musique perse, la world music comme le nommèrent certains. Je retrouverai aussi dans ma seconde vie, l’espagnole, cette sensation d’apatride dans la musique mozarabe. Cette musique est un embrun, ces sonorités exotiques et spleenesques sont envoutantes, toujours, et l’on tombe en transe dans une délectation intense, ce sont là des repos que l’on offre a nos oreilles et a notre âme, entre deux rocks et trois folks, quand il y a saturation, je prends cette direction. Cette manière d’expression, (ce n’est pas un style musical, c’est une manière sensorielle d’exprimer) a cet effet intemporel d’ouvrir les esprits, de proposer l’inconnu, d’expliquer l’infinie possibilité, de nous faire perdre pieds et toutes notions d’appartenance, cette manière de dire, de conter, a pour beauté l’ingravité, l’apesanteur de la vie. Ardue est d’arriver a ce climax sensoriel, il faut une maitrise, une justesse, finesse, équilibre, pour ne pas tomber dans le lourd (certains y ont échoués mais je ne nomme jamais personne) ni dans le trop léger écueil new-âge qui semble désormais tant péjoratif, Maud the Moth, petit insecte avide de lueur, a ce génie. Cette jeune madrilène locataire d’Edimbourg lança ce projet en 2010, réalisant jusqu’ici deux disques « Home futile Home » y « The inner wasteland » ainsi qu’un live en 2017 plus folk et actuel, encore en quête de langage mais déjà preuve de sa maitrise, arrive enfin avec une idée intime de sa démarche, forte, sure, intense. Ce qui m’intéresse de ces musiques, ce sont les mythes et poèmes qui y vivent, les histoires et onirismes qui l’habitent. Maud ouvre un monde, engendre un univers, tisse une géographie neuve où passer nos pas songeurs, nos nouveaux lieux de naissances fait de poésies sonores, de jeux de voix et art des mélodies qui font mandalas, qui font kaléidoscopes. Sur ces plaines là chevauchent autant les prières que les redditions, autant les lumières que les obscurités, magistralement soudées par la technique et l’âme dans des écrins parfaits, la fougue des pianos, l’expression de la voix, la texture des instruments, tout n’est qu’un outil au voyage, un navire, une aile. Il y a ici des contrées qui hérissent le poil de bêtes mythologiques, des frissons sur l’imagination des terres, une maitrise parfaite de l’impalpable. Bien épaulée par ses années de musique classique, fantasque et fantaisiste, liée autant au jazz qu’a la musique traditionnelle, au rock, folk et classique, elle se libère enfin dans un disque aux accents grecs, aux intonations oniriques, petits rituels intimes d’histoires réelles, petits trajets d’esprit d’une dimension a l’autre qui font un bien fou en temps de confinements.




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