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  • 17 novembre 2018 /
    Rockomotives 2018
    “2 éme jour, Vendredi 26 octobre 2018”

    rédigé par FLK & PAR
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Les festivaliers et les vendômois sont bercés de musique dès le début d’après-midi le temps des Rockos. On se retrouve donc tranquillement pour un apéro électro au (mythique !) Central bar avec Trois. Seul devant sa table de mixage, il nous entoure de nappes de sons électros cycliques, travaillant sur les textures et les décalages, ce qui s’avère parfait pour se rôder les oreilles.

On s’y trouve bien dans ce bar, QG des sessions radios avec des interviews des musiciens en direct sur Studio Zef, Radio Campus et radio Béton. L’ambiance est bon enfant, on discute des groupes récemment vus, de ce qu’on va bientôt voir, on philosophe sur la bière pêcheur (ach, das war « Fisher » auf französisch !). Et il est déjà temps de se diriger vers la Chapelle pour la suite du programme.

Surma nous y attend de pieds (nus, mais en chaussettes de sport blanches) fermes, seule aux machines et au chant. Ce petit elfe enjoué très expressif danse sur place, son sourire et sa bonne humeur font plaisir à voir. Son chant est doux, susurré et sensuel. Sa musique se base sur beaucoup de samples et des arrangements en direct de guitare, de basse, de clochettes – très à la mode chez les groupes actuels les clochettes, le fabricant doit se frotter les mains. On reconnait, après un moment d’intense réflexion concertée de cette mélodie que l’on a sur le bout de la langue sans pouvoir la nommer, une reprise d’Agnès Obel au milieu de son set. Son électro mutine bien que parfois un peu saturée est douce et joyeuse, bref, on passe un bon moment.

Nous entrons dans un autre temps, un autre monde, une autre résonance avec Daniel Blumberg. Il faut bien avouer que c’est une programmation osée que l’on nous propose là, à cette heure. Chapeau bas, il fallait le faire et on vous avouera qu’on a vraiment kiffé une fois remis de notre surprise. Notre état d’esprit était pile poil en phase avec cette musique sans concession. Posons le décor : ils sont deux sur scène, le guitariste-chanteur (aaaah effroi momentané, il a aussi un harmonica) et son acolyte contrebassiste (avec archet). Ils dégagent une impression de malaise, Daniel Blumberg jetant des regards à droite et à gauche furtivement ; on se demande même à un moment s’il n’a pas repéré une souris qui se balade sur scène, on se prend à y regarder de plus près, mais rien ! Rien de visible pour nous en tout cas, mais peut être bien présent dans cet autre monde où le groupe vit. Leur musique est expérimentale, avec des mélodies flirtant avec une douce folk mélodique entrecoupée de cassures noises et bruitistes. C’est du sabotage de beauté, c’est extrêmement déstabilisant ces allez-retours entre douceur, tristesse, angoisse et aliénation, cela créée une impression d’étrangeté enivrante. On se croirait dans l’antre de la folie, face à un esprit brisé qui se perd, se cherche, encore et encore. Ils utilisent souvent les mêmes accords et le coté folk nous fait penser à Rivulets. On a presque l’impression d’assister au même morceau sur une grande partie du concert (c’est un commentaire qu’on entend d’ailleurs en quittant la chapelle), avec des litanies chantées d’une belle voix qui se brise « I’m a silence breaker, I’m a silence taker ». Puis l’autodestruction prend place, à coup de petites barres métalliques frottées sur la guitare. Tout se termine sur un moment figé, les deux musiciens ne bougeant plus pendant de longues secondes. La tension est telle qu’un moucheron se suicide dans notre verre de bière. Incroyable mais vrai !

Nous reprenons petit à petit pied dans la réalité en déambulant dans les rues pour trouver le terrain de tennis sur lequel va jouer Joasinho – dont l’un des comparses est aussi musicien live de The Notwist – pour un concert filmé par What Comes Around Goes Around. Et ce sera finalement sur un terrain de Padel, nouveau sport à la mode dont on se fera expliquer les règles par le tôlier, tout content de nous apporter des précisions sur le sujet. Nous ne rentrerons pas dans les détails, mais le terrain est entouré de grillage et de murs de plexiglas sur lesquels le son va pouvoir rebondir. Les 2 comparses ont pris place au centre, de chaque côté du filet – comme s’ils allaient livrer un match musical – avec une installation de geek faite d’instruments/capteurs/déclencheurs de modules bricolés avec amour aux mécanismes sonores et visuels que l’on ne se lasse pas de regarder. On aurait presque envie de jouer aussi avec, comme avec un train électrique. Allez, soyez cool, laissez nous appuyer sur les boutons ! Bon, mais sinon, le duo délivre une electronica ludique mais de haut vol comme seuls les allemands peuvent en produire.

Le soleil s’est couché, il est temps de débuter la soirée au Minotaure avec les suisses de One Sentence, Supervisor dont on nous a dit le plus grand bien lors de leur récente prestation au festival Hop Pop Hop à Orléans. Ils débutent à quatre sur scène, alignés côte à côte pour faire front au public. Leurs silhouettes se découpent dans un contrejour créé par les lumières de fond de scène alliées à une épaisse fumée et l’on distingue le bassiste assis abrité sous un parasol, le batteur souriant tout au long du set. Ils sont vite rejoints par un cinquième membre joueur de oud apportant quelques atmosphères orientales à leur musique kraut-pop aux longs morceaux entêtants. C’est puissant !

Décidément la suisse est à la fête avec les Puts Marie qui prennent la suite. Nous avions déjà vu plusieurs membres du groupe jouer la veille dans Mister Milano - c’est bien pratique ces musiciens multifonctions et multi groupes qui peuvent enchaîner les concerts sur un festival. Le coté latin lover est totalement oublié dans cette formation et le chanteur donne de sa personne, torse nu, avec un chant rappé en anglais. Pas facile de définir le style plutôt rock, avec certains passages plus chaloupés et cette voix qui rythme et donne son tempo. Quoi qu’il en soit, c’est efficace, assurément.

Nous retrouvons ensuite les Random Recipe et leurs deux chanteuses explosives alternant voix rap et soul pour un set fusion hip-hop qui tient le public en haleine du début à la fin. On reconnait bien sûr la chanteuse de Dear Criminals (parfois à la guitare), une habituée du festival, toujours aussi charismatique. Accompagnées par un duo basse/batterie redoutable, parfois agrémenté de bandes et de steel drum, elles sont sans pareille pour occuper la scène et haranguer la foule qui les suit à fond.

La tête d’affiche du jour et du festival entre enfin en action pour le plus grand plaisir des adolescent·e·s impatient·e·s de retrouver Eddy de Pretto. On ne cachera pas que ce n’est pas notre tasse de thé, mais toute cette ferveur de fan a un côté attendrissant, vite rafraîchi par le merch’ ultra calibré et pro de fin de spectacle qui vend à tour de bras comme sur un champ de foire le souvenir impérissable du moment passé. Alors Eddy, on a du mal à comprendre tout cet engouement, son mix de hip-hop et de chanson nous laisse froids, mais s’il a le mérite de faire sold-out sur une soirée et ainsi permettre à un festival de vivre et de faire découvrir d’autres artistes moins médiatisés, alors ça nous va bien, et on boira même une bière à sa santé au bar en attendant que le concert se termine.

On en profite aussi pour faire un tour sur le coin des labels indés, belle nouveauté sur le festival que l’on salue pour cette bonne initiative (coucou la Route du Rock), où l’on retrouve les Disques Normal, Monopsone, Another Record, Ideal Crash, Un Je Ne Sais Quoi et toutes leurs sorties. On sent le cœur et l’émotion vibrer plus fort que le tiroir-caisse et ça fait du bien de redonner du sens à la musique avec des productions soignées.

La soirée se termine pour nous avec la new wave de C.A.R. sur la scène côté bar. Chloé Raunet s’active derrière ses machines et son clavier, avec une voix et des atmosphères qui nous ramènent tout droit aux années 80, avec un petit quelque chose d’Annie Lennox qui n’est pas pour nous déplaire. Son compère mixe des vidéos en direct pour l’accompagner en images.

Finalement, c’est une journée toute en découvertes que nous avons passé et ça fait du bien de se laisser guider sans a priori, c’est une des grandes forces de ce festival. N’ayant pas encore pris la mesure du rythme imposé, nous ne pourrons hélas rien dire sur le rap d’Aaron Cohen qui clôt la soirée. Vivement demain !




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