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Moonlight Benjamin est déjà passée sur les écrans de nos radars. D’abord en trio, elle sortait son premier disque sous son propre nom, le bien nommé Mouvman, fait d’une poésie incandescente et complexe. Puis aux côtés d’artistes de jazz émérites comme le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart et le pianiste cubain Omar Soza autour de projets centrés sur la Caraïbe. On s’était alors dit qu’il était des artistes qui n’apparaissaient qu’à des moments très précis en des lieux particuliers selon on ne savait quelle disposition astrale. Il semblerait que ce soit encore le cas pour l’Haïtienne, Toulousaine de coeur, qui sur ce nouvel Lp continue de chanter son île - première république noire libre de l’Histoire - avec ses propres mots et ceux de quelques-uns de ses compatriotes poètes (Richard Narcisse, Georges Castera...) qui comme elle sont marqués dans leur chair et celles de leurs proches au fer rouge de l’exil.

Mais si, sur Siltane, sa voix sensuelle, soul, magnifique et fervente reste intacte de puissance évocatrice, les ambiances qui l’enrobent ont quelque peu pris du coffre. Electrique, le coffre ! C’est Matthis Pascaud (fondateur de l’excellent Matthis Pascaud Square One) qui a la charge des compositions et devient l’artificier d’un album aux consonnances blues-rock tendance 70’s des plus explosives. Portés par ses riffs bien heavy de guitares possédées et sa polyrythmie irascible et racée, le chant et le propos de Moonlight prennent alors une tout autre texture, s’assombrissant pour s’envoler dans des incantations chamaniques qui poussent l’ensemble vers une sorte de combustion humaine instantanée. La poésie se fait alors politique, les flammes montent en même temps que la transe occupe l’espace.

Ecouter Siltane, c’est assister à ce véritable rite vaudou, cathartique s’il en est, et découvrir une musique plantureuse habitée de rythmes séculaires qui vous rentrent par tous les pores de la peau. C’est là que la prêtresse Moonlight Benjamin, poétesse créole torride, coeur blessé, poings serrés, vous embarque, vous prend par les sentiments, vous bouscule, vous parle. Et explique à quel point, malgré les douleurs, les tracas et la propagation mondiale de cette gale appelée indifférence, il est primordial de défendre son identité, la sauvegarder dans l’ivresse de l’exaltation. Avec force. Debout.

Oui, il est des artistes qui n’apparaissent qu’à des moments très précis en des lieux particuliers. Moonlight Benjamin est bel et bien de celles-là. Et vue l’ambiance générale, elle tombe à pic. Une magicienne du verbe capable d’exploser tous ces "(...)murs, pelures de murs dans la nuit encerclée".

Byen Te Jwe !!




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