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En 2013, je faisais l’une de mes premières chroniques ici, sur cet espace merveilleux, pour un duo (Nadège et Lucille) fin et plein de brio pour deux Ep. Réunis, les Lanterns of April/ Lanterns of May, gorgés d’électricité atmosphérique, chansons ciselées et un grand et talentueux goût pour l’enchantement pop. Les petites filles sages qui caressaient alors les petits claviers bontempi et accrochaient les rêves me font l’honneur de me prouver que je ne me trompe pas toujours, et je leur fait l’honneur d’être le premier groupe que je chronique deux fois, votre mérite, fillettes, c’est d’avoir su grandir. Il est terrible de voir comment en quelques années nos mondes ont changés, et si mes rides se cachent à la silicone des multitudes de sons qui m’ont effleuré (certains marquants, touchants), la musique d’Andromakers s’est délicatement incendiée. Mes petites filles sages ont eu leurs blessures, le vécu, chez les grands artistes, est le premier son qui crée. Bien sur on retrouvera l’électronique, ces sonorités parfois naïves, mais déjà plus guerrière, et la réitération des phrases autant musicales que vocales (je trouve d’ailleurs que la voix est une couche sonore, une strate au même rôle que tous les autres sons). Je suis adepte, que dis-je, fan de Depeche Mode et tous ces premiers exploreurs des câbles, et j’aime le chemin que prennent aujourd’hui leurs descendants (quand il ne s’agit pas que de danser ou vendre, sinon créer). Je mets dans cet héritage directement ces deux femmes (je ne parle plus de petites filles). Quelle route parcourue depuis ces Lanterns, l’acide a grandi dans leurs espaces, la lame s’est allongée, le plaisir n’est plus juste pop, il est parallèle a la profondeur, et ces nouvelles ritournelles ont des plaies qui tentent la guérison, et des balles qui tentent la cible. La lumière des lanternes s’est faite épaisse comme l’obscurité, une armure. Loin de là l’idée de tristesse, non, elles ne cherchent aucune larmes, elles cherchent l’élévation, la force, la victoire, les poings en garde haute. Beaucoup plus élaboré, ce premier Lp. ne trahis pourtant pas leur démarche, cela reste un plaisir auditif, sensations d’une légère sévérité, il est fort appréciable que ces mélodies électroniques ne soient pas a rallonge, beaucoup de créateurs électriques croient que dans la durée réside l’art, je dis simplement qu’on entre en transe dès la première émotion, non vingt minutes plus tard. Je pensais en les écoutant a Trisomie 21 dans son "Million Light" surtout sur "Fairchild", en me rappelant de l’amour intemporel que j’ai pour ce groupe de Denain et leurs symphonies, et me rappelais qu’a l’époque je posais en parallèle Andromakers avec Barbara Gaskin et Dave Steward (plus pour l’émotion apportée que pour le style), l’eau a coulé, mais les champs se sont bien irrigués, et l’amour intemporel peut bien être infidèle quand le cœur y est. Et puis il faut admettre ce plaisir que propulse le disque dans notre chair, car c’est un disque de karma, de bien-être, parfois grandiloquent, parfois barroquement scintillant, épique et je dirais même jusqu’à vicieusement religieux, "Fascination" sonne comme une cathédrale saoulé de couleurs de vitraux, quelque chose des musiques classiques a du tomber dans la soupe. Attention, toutefois, sans oublier la magie légère des étés et leurs musiques chaloupées, "Glacier" ou encore "Shine", il n’y a pas de limites. C’est un disque qui cherche la beauté, peu importe si dans la lumière ou dans l’ombre, dans la chaleur ou le froid. Au niveau purement technique, nos studieuses artistes (je ne les appelle plus fillettes) sont au jus, électriquement parlant, les sons s’enclenchent dans des engrenages parfaitement disposés, moins de place a l’erreur, a l’accident, tout est mûr, et techniquement somptueux, produit consciencieusement," B for Beaches" est mon petit chouchou. Et puis il y a ce joli petit jeu entre l’anglais et le français, ce petit dialogue parlé-chanté, comme un hommage intelligent a notre défunt Steve Strange et son Visage, comme cette France nonchalante des 70 et la déferlante anglaise des 80. Au fait, la voix aussi a grandi, et de quelle manière "Ominerion" est une leçon de comment humaniser la voix sur le synthétisme de la musique. Quel beau projet (enfin un projet déjà bien assis sur ses riches fondations), quel honneur d’avoir été par là aux premières heures et les retrouver dans le midi de leur art, quel désir d’être là a l’écoute de leurs créations jusqu’à la nuit, voici sans doute, la richesse qui va envahir vos oreilles, un simplement et énormément immense trésor. A très bientôt, grandes dames (je ne vous appellerai jamais plus fillettes, vous êtes grandes désormais, très grandes).