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C’est beau, un musicien qui, afin de célébrer la naissance de sa fille, lui écrit tout un album. « Rendez-vous Transatlantique » est donc un message d’amour, celui de Jérôme Mériaux (entendu chez Sona) à l’égard de Rose, née en 2010. Pourtant, rien de gâteux ou de niais dans les six titres de Bagatelle. Au contraire : de la joie de mettre au monde, Jérôme Mériaux (accompagné d’Olivier Blot – ancien Gypsophile et Ray Star Kelly – et de l’ex Oui-Oui Nicolas Dufournet) n’en retient que le bonheur sucré, la surprise de ne plus toucher terre, le sourire insouciant. Prendre au sérieux ce nom, Bagatelle : comme une romance estivale dont l’éphémère durée n’enlèverait rien au bonheur ressenti, la musique du groupe mélange bossa, twee-pop et synthétiseurs vintage avec la légèreté des gens heureux. L’album « Rendez-vous Transatlantique » touchent en premier lieu pour cette raison : à force de s’injecter des albums dépressifs (au pire) ou crépusculaires (au mieux), nous finissions par oublier que la musique est également affaire de frivolité, de badinages, d’éclaircies galvanisantes. Sauf que mettre en son une certaine idée de l’optimisme, c’est souvent un excellent moyen de verser dans le dégoulinant, voire d’irriter l’auditeur dont le quotidien ressemblerait à un cauchemar issu de chez William Friedkin. Un piège que Bagatelle évite avec clairvoyance. Car ici, le radieux sait se montrer modeste, jamais hautain, toujours en connivence espiègle avec le train de vie de l’auditeur. En gros, Bagatelle n’oublie jamais que le bonheur ne dure parfois qu’un temps, qu’il est primordial de savoir en apprécier chaque seconde. « Rendez-vous Transatlantique » peut s’entendre et s’aimer ainsi : un instantané ensoleillé, un photomaton reflétant des jours heureux. Du coup, une mélancolie se ressent au détour de certains titres ; cette mélancolie qui nous incite parfois à redouter que l’intensité vécue s’achève un jour, telles ces amourettes adolescentes qui ne pouvaient que prendre fin deux semaine avant la rentrée scolaire.

Mais la grande idée de Jérôme Mériaux, et ce qui donne à l’Ep de Bagatelle un charme limite aphrodisiaque, c’est la voix d’Andrea Vaughn (feu My Favorite). Difficile d’imaginer que la conception de cet album se déroula entre Paris (pour la musique) et Brooklyn (pour les voix) tant l’accouplement (chaste) entre une chanteuse totalement investie et des musiciens perfectionnistes donne ici naissance à un six titre aussi carré qu’évident, aussi ambitieux que fermement produit. Andrea Vaughn trouve en effet, sur « Rendez-vous Transatlantique », la meilleure des bases possibles afin de laisser libre cours à son chant rassurant, cajoleur parfois, très attendrissant toujours. Une osmose, assurément. Nous ne savons trop si l’association entre Andrea Vaughn et le trio Blot / Dufournet / Mériaux n’en restera qu’à ce parfait six coups, mais il serait dommage de ne pas poursuivre l’expérience. Car finalement, aussi belles soient-elles, les six chansons de cet Ep frustrent un peu l’auditeur : nous voudrions en entendre plus, nous aimerions un album complet. Mais ne pas oublier que le groupe se nomme Bagatelle : rapide, inoubliable, issue d’un instant présent, cette romance s’admire peut-être sans suite possible… À souligner également, la sublime pochette d’Atsuko Ishii : une fille manga qui ne sait pas encore ce que lui réservera le futur, ange trop pur et innocent pour croire au mal et aux dilemmes existentiels. A l’instar certainement de Rose, dont nous souhaitons, au passage, la plus heureuse des existences (autant que possible similaire à la musique bienfaitrice de son papa).




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