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Entre « Perishadle Girl » et « Over The Sun » il y avait une énorme différence. D’un côté on jouait la quiétude, de l’autre on se cognait dans les murs. Alors comme entre les deux le cœur de Shannon doit balancer, elle décida de combiner ses deux faces pour n’en faire qu’une. Si on devait la situer, elle serait entre Kristin Hersch et Polly Jean Harvey, elles mêmes aussi habitant des personnalités très diverses, avec des caractères et des écritures changeantes. « Trumpets on new year’s Eve » résume d’ailleurs le mieux cette dualité, Kristin semblant chanter chez Polly, ou plutôt Shannon cherchant le repos en se frottant à ce qu’elle pourra trouver de plus rigide. Tendu comme un arc olympique qui repartirait du site olympique sans concourir dans un acte chevaleresque (Embers in your eyes), ce nouvel album est un affrontement titanesque sans limite, une onde de choc que Shannon s’impose à elle même pour casser les dernières fragilités qui pouvaient la faire craquer. Rageur, écrit on l’imagine un couteau entre les dents, la mâchoire dépassant la pression autorisée, « Honey bee Girl » est une passion dans le sens philosophique du terme. On reste aux aguets, on guette le moment où Shannon se laissera prendre par la mélancolie, non pas pour la gifler, mais pour la prendre entre nos bras pour la rassurer sur sa possibilité de nous donner de l’émotion, même par la force. Disque déterminant dans la discographie de Shannon Wright, « Honeybee Girl » peut nous émouvoir, même par son impudeur, nous toucher, même par son incapacité à rester figer, à nous surprendre. Une mue belle et inquiétante.