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Interview réalisée au Printemps de Bourges 2005 avec la complicité de Captain Bob de Radio Dio La plupart des questions ont été posées par Captain Bob…

Low est un groupe, qui, au niveau de la géographie, marque, parce que si on aime Bob Dylan, ils viennent de la même ville, Duluth, dans le Minnesota. Est-ce que ça, quelque part, ça aide pour aller dans la voie musicale ?

— Je pense que oui... C’est vrai que c’est quelque chose d’appréciable d’avoir quelqu’un comme Bob Dylan venant de là parce que c’est un endroit très éloigné de toutes les grandes villes et s’il y a des choses particulières à Duluth, c’est qu’on peut y ressentir une vraie connexion avec la terre, avec les arbres, avec l’eau... C’est un endroit très froid, et très propice au fait de se retrouver tout seul avec soi-même, peut-être même parfois trop longtemps. Mais c’est ce qui caractérise le mieux cet endroit.

Cet environnement de Duluth, dans le Minnesota, près de la frontière canadienne, moi ça me fait penser un peu à Twinpix, cet endroit qui vient de nulle part. Est-ce que ça, ça a été à la base de la création de la musique de Low ? Est-ce que c’est cette tranquillité, cette espèce d’espace fantomatique qui ont donné la naissance de Low ?

— C’est difficile à dire parce que nous n’avons pas d’autres éléments de comparaison. Les hivers sont très longs et je comparerais plutôt au film "Fargo" des frères Coen. Quand vous voyez "Fargo", vous voyez à peu près atmosphère dans laquelle on vit. Les gens qui sont dans le film ressemblent au genre de gens que l’on côtoie. Cà peut vous paraître bizarre, mais nous c’est là-bas que l’on on vit. Et évidemment, ça doit avoir une influence...

Avant de parler du disque, quelle a été votre première réaction quand vous avez passé le cap de Duluth, pour arriver en Europe ? Comment ça s’est passé dans votre tête ? Est-ce qu’il y a eu un choc émotionnel quelque part ?

— Oui, bien sûr. J’ai été élevé dans l’esprit fermier, et je n’avais jamais rêvé de l’Europe, je ne rêvais pas de voyager, je ne voyais pas le monde aussi grand. Je n’avais jamais imaginé que je sortirais de là un jour. Je pense que c’est quelque chose d’essentiel pour chaque américain de venir ici, pour ouvrir un peu les yeux sur de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives dont tout américain devrait avoir conscience. J’apprends beaucoup ici. Et j’espère apprendre des choses avant qu’il ne soit trop tard... (silence mal à l’aise)

…Et l’autre aspect intéressant pour un américain, et surtout pour un artiste de venir en Europe, c’est qu’aux Etats-Unis, les gens ne semblent ni porter un grand intérêt, ni voir ce qu’est vraiment l’art et tout ce que ça peut apporter. Alors qu’en Europe, selon moi, les gens apportent une attention particulière à toutes les formes d’art, de création, et notamment de musique. On va laisser un peu la géographie de côté pour revenir au dernier album, "The Great Destroyer", qui est un album assez musclé par rapport à ce qu’a pu nous proposer Low. Qu’est-ce qui s’est passé dans votre tête pour passer un cap, comme ça ? Est-ce que votre producteur y est pour quelque chose ?

— On sentait plutôt cette fois-ci qu’il fallait laisser la musique s’esprimer et donc les morceaux disent vraiment qui est Low. C’est un processus inversé avec toute l’image qui va avec. A l’époque où on a commencé à écrire les chansons, il y avait comme un sentiment de folie qui se dégageait, de peur, de rage et d’insanité.

Il y a une espèce de progression dans la musique de Low, parce qu’il y a des étapes et il y a aussi des rencontres. Parce que là, il y a quand même Dave Friedman , qui est un producteur très reconnu dans le monde de la pop, une pop très colorée, avec des cordes, et tout ça. Et il y a aussi un personnage central qui a marqué Low sur deux albums, c’est Steve Albini. Est-ce que ce sont ces gens là ont amené Low à ce qu’ils sont aujourd’hui ?

— Je considère déjà que Dave Friedman est un des seuls que l’on puisse vraiment appeler un producteur tellement je le trouve talentueux. Et dès le départ, je pense que nous avons eu beaucoup de chance de toujours travailler avec des gens qui avaient beaucoup de talent, dont Steve Albini et Dave Friedman... Et, contrairement à beaucoup de groupes qui refusent de confier leur musique à une personne extérieure, un producteur qui en plus est un artiste lui-même, nous, nous n’avons jamais eu peur de le faire. Nous avons toujours considéré, ne serait-ce que par force, que nous avions confiance en notre musique et nous n’avons jamais eu peur de la confier à quelqu’un. De plus, amener ça à quelqu’un d’extérieur ne peut qu’apporter des choses à notre conception.

Si on comparait Low à une voiture, une voiture à trois roues, est-ce que le producteur serait la quatrième roue pour que la voiture puisse rouler et aller très loin ?

— En terme d’enregistrement, oui on peut dire que le producteur est la quatrième roue, mais quand nous montons sur scène, nous sommes autonomes, nous sommes à nouveau une voiture à trois roues, ou plutôt, un tricycle avec un gros moteur diesel qui le pousse.

L’album s’appelle "The Great Destroyer", et je me demandais ce qu’ils voulaient détruire, est-ce abstrait, concret ? Est-ce que ça veut vraiment dire quelque chose ?

— Peut-être George W Bush... Mais tout le monde est un grand destructeur, je le suis et vous tous également. Toi, toi, … (Il nous montre tous du doigt et semble immergé au fond de ses pensées) Quand nous venons au monde, nous sommes tous parfaits, et c’est la vie et nous-même qui nous rendent imparfaits... Nous sommes tous de grands destructeurs... Parfois, un de ceux là a beaucoup de pouvoir et peut démarrer une guerre. Mais un père qui dit à son enfant que telle personne est bonne et que telle autre est mauvaise, est aussi un grand destructeur. Mais il y a quand même de l’espoir ! Tout n’est pas si triste... (NDLR : ouf on a eu peur !)

Si demain, ce que je ne vous souhaite pas, vous veniez à mourir, dans quelle peau aimeriez-vous revenir ?

— Au Sud d’ici, il me semble qu’il y a de vieux volcans. Et je voudrais être une touffe d’herbe au sommet de l’un d’eux. Je ne vivrai qu’un an, mais je verrai tout.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour plus tard ? De quoi avez-vous envie ? Allez-vous vous diriger vers une musique plus méchante ou revenir en arrière, vers le style des premières années de Low ?

— Zac, notre bassiste, va avoir un bébé en septembre. Maintenant, nous sommes deux familles, avec trois enfants. Nous allons rester à la maison pendant un moment, aller nous promener, nager, marcher dans les bois... On nous verra peut-être un peu moins souvent sur scène, et nous terminons sur une sorte de bilan. Cela fait douze ans que nous menons une existence assez étrange, douze autres années d’une existence comme celle-ci ne seraient après tout pas vraiment différentes ni gênantes.

J’aime beaucoup Bob Dylan, et je voudrais savoir si, parfois, il revient à Duluth, est-ce qu’il a une statue à son effigie, un musée ou une rue à son nom ?

— Il est revenu jouer seulement deux fois dans les quatre ou cinq dernières années. L’une des fois où il est revenu, j’ai eu la chance de travailler en back stage et l’autre fois, j’étais assis sur le côté de la scène et je regardais. Quand je l’ai croisé, j’ai trouvé que quelque chose d’assez magique se passait. Sinon, ma rue favorite dans la ville, qui est une route à sens unique, qui quitte la ville et qui s’en va vers nulle part, risque d’être transformée en "Bob Dylan Drive". C’est une rue, où, d’ailleurs, j’ai un petit bureau où je vais travailler parfois, et je trouve cette idée assez séduisante.