26 septembre 2026 / Pour faire simple, beabadoobee est la Mitski anglaise – certes née aux Philippines, mais vu qu’elle avait trois ans quand ses parents se sont installés à Londres, on ne va pas chipoter, l’analogie reste pertinente. En effet, à l’instar de Mitsuki Laycock, dont j’ai en ces pages évoqué le récent Nothing’s About To Happen To Me, Bea Kristi se réclame d’influences underground – Karen O, Kimya Dawson, Mazzy Star – qu’elle affadit malheureusement en une sorte de pop-rock de studio qui relève plus de la citation admirative que de l’innutrition créative. L’on ne remettra cependant pas en question sa sincérité ni ses affinités culturelles : beabadoobee a dans sa jeunesse composé une chanson en l’honneur du dictateur des Pavement (I Wish I Was Stephen Malkmus), elle s’est fait tatouer la pochette d’un album de Daniel Johnston (Continued Story with Texas Instruments) et, durant le confinement, elle a passé des nuits entières à étudier les Sundays. On l’imagine sans peine apprendre à jouer de la guitare devant un tuto Youtube, ou fredonner en rêvassant les yeux plongés dans les posters aux murs, ou chaque jour établir l’impossible classement de ses disques préférés d’Elliott Smith. Le truc, c’est que ceux qui nous nourrissent ne devraient en aucun cas être nos horizons, mais bien nos points de départ – à nous d’inventer la suite du voyage. En ce sens, le quatrième opus de beabadoobee ressemble à la brochure d’un office de tourisme. La destination ? L’indie-rock des années 90. Honorable si l’on s’en réfère à la variété francophone coprophage, mais Pylon pioche tant et tant dans les nineties qu’on se demande à quel moment la personnalité de beabadoobee va affleurer. Hole (Sun Has Set), Beck (Switchblade), les Cardigans (Memories), Garbage (Radio), les Smashing Pumpkins (Estranged), le tout arrosé de sonorités midwest emo, grunge ou bedroom-pop, et de mélodies dignes de teen-movies, rien d’indigne, même si l’on se demande ce que font là Chino Moreno (Satellite) et Brendan Yates (Powerlines) – oui, vous avez bien lu, les chanteurs des Deftones et de Turnstile figurent sur la liste des invités, tout comme Hayley Williams sur le sirupeux girly-punky Nothing To Prove. Rien à prouver ? Si, un peu quand même. Ce Pylon a beau être agréable à écouter — ça glisse tout seul entre les deux oreilles —, on aurait préféré qu’il émette un signal un peu plus personnel.