26 septembre 2026 /Alors que j’ai longtemps fait un concert par semaine minimum, puis, en entrant dans la vie active, un par mois, et depuis quelques années un par an, et encore, c’est en me forçant, je supporte de moins en moins mes contemporains. Et ce n’est pas la manie de mettre son bras en l’air avec le téléphone au bout pour filmer trente secondes de concert qui arrange mon rapport avec mes congénères.
Alors je ne sors plus jamais, surtout à Paris, et c’est donc à Reims que j’ai jeté mon dévolu. Déjà parce que notre véhicule connaît la route, et pour cause, nous sommes abonnés à l’illustre Stade de Reims. Ensuite parce que je n’ai pas mis les pieds depuis très longtemps à la Cartonnerie, où j’ai de grands souvenirs qu’il serait trop long d’énumérer, salle qui a remplacé l’illustre Usine (ceux qui ont des cheveux blancs, ou plus du tout, savent). Et puis quand même parce que j’ai un rapport complexe avec le groupe qui s’y produisait, en l’occurrence Talisco, que j’avais vu il y a quasiment dix ans jour pour jour à Beauvais, invités que nous étions avec ma fille, qui n’avait alors que 7 ans et qui était en transe dès les premières notes de Your Wish. Dix ans plus tard, je suis de moins en moins souple et ma fille a basculé dans le côté obscur de la musique : exterminons la K-pop et le rap variétoche.

10 balles la place, une salle pleine et, en première partie, Louis Aguilar, une découverte (on en reparlera rapidement sur ADA )même pour moi qui croule sous les disques autoproduits. Nous arrivant de Lille dans le Texas, Louis Aguilar nous offre un set rendant un hommage tout à la fois hilare et talentueux à la musique américaine, aux séparations, à l’amour, le tout avec ses six ficelles sous les doigts. Ceux qui lisent ADA remarqueront que je ne me suis pas foulé, j’ai quasi repris mot pour mot le petit texte que j’avais écrit quand, en 2014, j’avais croisé Louis à Crépy-en-Valois, en première partie de Mermonte.
Vers 21 h 30 arrive Talisco. Première surprise, ils ne sont pas trois mais quatre. Un jeune homme répondant au prénom de Corentin s’est ajouté pour s’occuper de toutes les parties claviers, et ce n’est pas anodin. Là où le trio devait composer avec de la technique supplémentaire, en quatuor, Thomas Pirot, par exemple, peut se consacrer à la basse et au chant. C’est une différence qui se ressent jusque dans le bonheur qui se dégage du groupe, là où je pouvais parfois les trouver crispés sur scène, sauf Gauthier Vexarld, camarade picard au sourire communicatif qui n’est pas sans nous rappeler celui de Farrugia.
Frontman de plus en plus à l’aise et roi de la grimace, Jérôme Amandi s’amuse d’une technique récalcitrante alors qu’elle s’était tenue à carreau pendant les deux jours précédents. Et malgré cela, et malgré l’enjeu, nous aurons droit à 90 minutes intenses pour ce premier concert de la tournée annonçant la sortie d’un cinquième album, Setting in Nashville, pas encore sorti mais que je m’empresserai d’acheter en avant-première à la fin du concert pour l’écouter le matin venu.

90 minutes durant lesquelles nous découvrirons des titres du nouvel opus, dont certains étaient déjà dévoilés depuis quelques mois sur YouTube, notamment Wah Wah Wah, qui à lui seul en dit long sur l’énergie du nouveau Talisco. Enregistré aux États-Unis, Jérôme Amandi enfonce définitivement le clou. Après un essai en français sur l’avant-dernier disque, Cinematic, il nous avoue définitivement qu’il est plus américain que bordelais, chose que nous avions déjà comprise dès Capital Vision, même si, avec Setting in Nashville, Jérôme Amandi penche vers quelque chose de plus roots.
Mais revenons au concert, qui alternera entre nouveaux titres et anciens, majoritairement issus de l’implacable Run, s’offrant des relectures plus ou moins réussies, mais toujours intéressantes. Your Wish, sans le break qui faisait vriller ma fille, m’a quand même manqué. Car comme Jérôme le dira avec un brin d’ironie : « Nous sommes des fous ». On n’échappera pas non plus à la montée de sève chez les fanas du Santa Barbara français lorsqu’il entonnera le générique d’une série (Sun) qui a au moins le mérite de mettre de la bonne musique dans les oreilles des ménagères de moins de cinquante ans nostalgiques de Châteauvallon et d’Herbert Léonard.
Se lâchant grâce à un son plus épais, maniant avec une rare maestria les harmonies vocales (tout le monde chante chez Talisco, et chante bien), Talisco assume une farouche envie de liberté, une nouvelle ère sans pour autant rejeter le passé.
PS : mais bordel rangez vos portables pendant les concerts.