24 septembre 2026 / « Comme si Brigitte Bardot chantait dans Stereolab ». Adoubés par un autre BB bien connu des amateurs de pop baroque, Bertrand Burgalat himself, les Bordelais de Feutre nous reviennent avec un second album à la croisée des chemins, révélant un goût certain pour la ligne claire (Autour de Lucie), le flegmatisme britannique (Belle and Sebastian) et les arrangements luxueux (Serge Gainsbourg). De telles figures tutélaires pourraient paralyser le trio mené par le bassiste Michaël Korchia, il n’en est rien. Le natif de Sarcelles, croisé au sein de Mumbly ou Watoo Watoo et grand fan de Felt devant l’Éternel, signe des compositions lettrées tout autant qu’accessibles, dont les introductions particulièrement soignées accrochent d’emblée l’oreille. Un vrai terrain de jeu pour la chanteuse Elsa Leroyer, qui écrit les paroles, et le fin guitariste Jérôme Excoffier, passé par Red. Aux mots sensibles ou caustiques de la première répondent les arpèges lumineux et motifs hypnotiques du second. En un dialogue permanent, les trois musiciens empilent les strates sonores, tricotent des mille-feuilles harmoniques, dressent la table, puis sans sourciller en retirent brusquement la nappe. Ici, dans ces grands ensembles qui la nuit vacillent au vent, tout est affaire d’équilibre. « Ouvre les yeux / Regarde le ciel est bleu / Ne regrette rien / Laisse l’amertume aux chiens ». Oscillant entre pop ultra-catchy (L’indocile), ballades rapides (Essentiels) et ritournelles sixties (31 décembre), ce nouvel opus – teinté de funk (Adam), d’easy listening ou de western (Gold mine) – rappelle qu’en matière de pop oblique, Feutre – fort d’indéniables capacités techniques ainsi que d’une appétence sincère pour le vintage – s’impose avec classe. Léger bémol, les mélodies vocales. Parfois monotones, elles manquent de relief et suivent un peu trop sagement la grille d’accords. Jurisprudence Lætitia Sadier oblige : c’est le registre qui veut ça – il faut y voir non pas une limite, mais un hommage à une époque révolue, que ravive avec talent le trio bordelais. En érigeant un pont entre chanson française rétro et indie pop anglo-saxonne, Feutre signe un disque élégant, habilement perché entre légèreté surannée et maîtrise formelle.