19 septembre 2026 / Sept ans se sont écoulés depuis Spells That Rhyme. À l’époque, la Start-Up Nation allait moderniser la politique française, Léna Situations lançait sur Youtube son tout premier vlog d’août et Laurent Koscielny rêvait de gagner la Coupe du monde de football. Sept ans. Une éternité, avant de voir resurgir le combo bordelais Sweat Like An Ape !. L’attente en valait la peine : il suffira de quelques secondes à Something In The Way We Spin pour vous électrocuter. Avec ce quatrième opus, Sol Hess et sa bande ont choisi le corps-à-corps. Enregistré live dans les conditions du direct, l’album capture l’essence même du groupe : une énergie brute, une tension constante, une urgence de chaque instant. Aux manettes, on retrouve le sorcier Rubin Steiner, qui a su canaliser la rage post-punk pour la propulser dans un nightclub sombre et poisseux. On navigue à vue entre frénésie dance-punk, moiteur disco-noise et rigueur hypnotique krautrock, les rythmiques sont sèches comme des coups de trique, les guitares hachent l’air, la basse refuse de vous lâcher les baskets. Tout en syncopes et en chant hanté, l’introductif The Bridge, par sa transe de derviche tourneur, rappelle les excellents Mnemotechnic, tandis que Visions of Doreen s’imprègne de math-rock et de maloya, ou que le dantesque Doreen’s Song, cathédrale de bruit et de fureur de neuf minutes, se fraie un chemin – très sinueux – entre noise, prog et psychédélisme. Ici, le post-rock est chamanique, ici les zombies crèvent de sueur, ici le vaudou flotte, notamment sur la superbe sérénade garage-psych Statues – quand ralentit le tempo, le quatuor n’en devient que plus ténébreux. Avec le possédé Something In The Way We Spin, Sweat Like An Ape ! signe rien de moins qu’un retour à la hauteur de nos attentes. Magistral.
Boris Maurussane