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« J’ai l’impression d’être un Neil Young possédé par le fantôme d’une actrice qui hante Sunset Boulevard ». C’est en ces termes imagés qu’Elias Dris décrit son rêve américain, lui qui – à Nevada City, une dizaine d’années auparavant – s’était adjoint les services de Tom Menig, le père d’Alela Diane, pour enregistrer un premier opus pétri de folk, Gold In The Ashes (2017). Au gré de collaborations éclairées (Morgane Imbeaud) et d’un deuxième album plus pop (Beatnik Or Not To Be, 2019), la silhouette – élégante, mystérieuse, éternellement juvénile – d’Elias s’est imposée dans le paysage musical français. Mais il s’avère que celui qui a grandi en banlieue parisienne n’en avait pas fini avec la Californie. Cette fois, point de folk à l’horizon, mais une vision – en cinémascope. S’ouvrant sur la majestueuse complainte orchestrale Los Angeles, d’une classe folle et que magnifie le chant androgyne d’Elias, Pearl semble marcher sur les pas de Lana Del Rey. Ambiances capiteuses (Precious), lentes ballades arpégées (The End of the World), goût du clair-obscur, du vaporeux, de la théâtralité sans affectation : par tant de grâce l’on se laisse happer. Malheureusement, quand Elias s’aventure dans une sorte de soul électronique à la Billie Eilish (la bouillie Bitches Like Us), le soufflé magique retombe, la faute à un flow bien trop contemporain, qui abîme la si puissante litanie Killed My Fun, drapée d’orgue et de mellotron, la ballade minimaliste The Void (la voix trafiquée, verboten) ou un Bad Movie dont l’introduction prometteuse rappelait Chris Garneau, avant de sombrer dans un dispensable mood RnB 2.0. Rageant. L’air du temps, difficile d’y échapper. Voilà pourquoi la ritournelle California Blue fait du bien – elle ne cède à aucun tic de son époque. Et non, il ne s’agit pas d’une reprise de Roy Orbison. Ces quelques errements ne sont que détails eu égard aux nombreuses qualités du troisième album d’Elias Dris, mais ils sont d’autant plus agaçants qu’ils renforcent l’impression que l’on n’est pas passé très loin d’un disque de chevet automnal. Malgré quelques scories, Pearl reste un écrin précieux, dont l’éclat confirme le talent rare de son auteur.




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