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Lors de la récente parution de son dix-huitième album solo, The Boys of Dungeon Lane (Dungeon Lane était une petite route de la banlieue de Liverpool que Paul, enfant épris d’ornithologie, suivait jusqu’aux rives de la Mersey et qui disparut lors des travaux d’agrandissement de l’aéroport John Lennon – oui, ça ne s’invente pas), Macca avait 83 ans. Le légendaire bassiste des Beatles est immortel. Malicieux, également. Sur la comptine First Star of the Night, sa voix chevrote. C’est un peu gênant, sauf qu’après quelques mesures, on se dit que Paul McCartney nous taquine, qu’il nous adresse un clin d’œil moqueur. Peut-être ses capacités vocales déclinent-elles vraiment, peut-être surjoue-t-il la vieillesse, peu importe, tant que la rubrique nécrologique continue de l’oublier. Certains ont l’âge de leurs artères, d’autres de leur enthousiasme, et celui du Scouser est intact. Ça vibre, ça crépite, ça tente (et rate) des trucs : it’s only rock’n roll. Pas pour rien qu’en guise de manifeste, son nouvel opus s’ouvre sur la rengaine alambiquée As You Lie There : ornée de « yeah yeah » et de guitares électriques qui sonnent comme des synthétiseurs, elle glisse de la pop-rock vers le glam puis le hard-rock FM. C’est bordélique, c’est épique, ça claque. En creux, Sir Paul nous rappelle qu’avec Helter Skelter, il a plus ou moins inventé le heavy metal ; alors les solos baveux, il a le droit. Ce n’est pas le débonnaire Ringo Starr que ça contrariera. Venu en voisin battre la mesure sur le radieux Home to Us, il partage le micro avec Paul, tandis que Chrissie Hynde et Sharleen Spiteri assurent les chœurs. Good job. Le disque alterne les compositions épurées et acoustiques – la country-blues Lost Horizon, si balisée que l’on croirait être la reprise d’un classique perdu ; la délicieuse ballade arpégée Days We Left Behind ; la très laidback We Two – avec des ritournelles psychédéliques (Mountain Top), des pop songs accrocheuses eighties (Ripples in a Pond) et même du boogie-woogie glam-rock, l’échevelée Come Inside sonnant comme la rencontre improbable entre ZZ Top et T. Rex. Si l’enregistrement des quatorze titres de The Boys of Dungeon Lane s’est étalé sur cinq années, l’ensemble respire la spontanéité. On sent bien que Paul, qui joue quasiment tous les instruments – de la flûte au Mellotron en passant par l’épinette – ne s’est pas posé trop de questions, quitte à oublier de nous pondre des mélodiques vraiment mémorables. À l’inverse, aussi inégal soit-il, ce nouvel opus – poussant l’art de la transition harmonique à son summum – est un manuel à destination des apprentis compo(p)siteurs, qui feraient bien d’en prendre de la graine, tant ici tout est fluide et en mouvement. Le mouvement, voilà ce qui caractérise la carrière du Cute Beatle qui, avec The Boys of Dungeon Lane, démontre que l’on peut être et avoir été. Voilà tout le charme des lignes de fuite : peu soucieux de perfection, Paul McCartney s’offre le luxe ultime des vieux maîtres – celui de l’esquisse, du pas de côté, de la liberté souveraine.




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