3 septembre 2026 / Par délicatesse, je vous épargne la signification de l’expression argotique Punching The Clown, qui sonne comme un paradoxe tant le nouvel album de Lambchop est d’une élégance sans égale. Il faut dire que le procédé à l’œuvre derrière les douze compositions de l’inoxydable Kurt Wagner, enregistrées en trois jours dans le studio de Justin Vernon (Bon Iver), offre au natif de Nashville un terrain de jeu aussi lumineux qu’élégiaque. Apparu en Écosse au XVIIe siècle et infusant la country-folk des Appalaches puis le gospel et le blues, le lining out est une forme de chant a cappella basée sur l’appel et la réponse, qui voit l’assemblée reprendre en mélodie les psaumes scandés par le meneur – anciennement, un clerc ; aujourd’hui, ce bon vieux Kurt Wagner. Ici, les chœurs, dirigés par Blake Morgan, sont assurés par le London Choir et l’Eau Claire Vocal Sextet. Soit dix-huit gorges déployées, face à un instrumentarium particulièrement dépouillé : une guitare folk, un banjo, une basse discrète, une vielle à roue et des castagnettes. Le contraste entre la luxuriance des harmonies vocales et les arrangements à l’os permet aux chansons du dix-septième opus de Lambchop de déployer une beauté susceptible de vous coller le grand frisson, et ce même quand la tonalité est radieuse, à l’image des sommets que sont l’étonnante rengaine catchy Stella ou l’exquis gospel-gaze désuet No Chicago. Nulle sinistrose à l’horizon : ballades (Just West of Nicollet), ritournelles (A Doctor in the House), berceuses (la merveilleuse Afterburner), l’ensemble s’avère d’une bonhommie tout à fait rassérénante – moins pince-sans-rire qu’à son habitude, Kurt Wagner entremêle dans ses textes observations du quotidien, fragments poétiques et méditations mélancoliques. Adieu hasardeuses expérimentations électroniques ou chansons en pilotage automatique : avec l’épuré mais néanmoins chatoyant Punching The Clown, Lambchop signe rien de moins qu’un de ses meilleurs albums. Frissons garantis.