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Décédée en 2023, la compositrice canadienne Jocelyn Morlock, réputée pour son approche avant-gardiste décalée, loin de l’âpreté intellectuelle qui souvent caractérise la scène post-moderne, laisse derrière elle une œuvre riche, profonde et accessible, basée sur l’émotion plus que sur la virtuosité. Ainsi la pièce Artemis Sleeps, créée en 2013 à l’attention du flûtiste Mark Takeshi McGregor, qui – en un flux continu, semi-improvisé – exprime la traversée d’un état de veille vers un sommeil profond, parsemé de rêveries passagères. Elle-même insomniaque, donc sensible à la nuit, à ce qu’elle emporte, à ce qu’elle nourrit, Morlock explore les amples modulations de la flûte — traversière, alto, basse ; sons d’air, harmoniques, glissandi ; graves sombres et voilés, silences, aigus cristallins – aux fins de capturer ce moment rare d’abandon où la déesse Artemis baisse sa garde. Une décennie plus tard, en hommage à son amie disparue, Mark Takeshi McGregor bâtit autour de ce morceau un album éponyme, en huit mouvements qu’il ornemente de vocalises (la soprano Sarah Jo Kirsch), de guitare (Adrian Verdejo) et de harpe (Joy Yeh), conviant sur l’introductive Salamender un octuor de flûtes, ainsi qu’un quintette à vent, qui magnifiera les vingt minutes du cérémonial Unfurl. En ressort une musique de chambre ample, méditative tout autant que qu’expressive, intimement subtile et néanmoins majestueuse, qui transforme un deuil en célébration lumineuse. Alors oui, si l’on est peu familier de tels registres, cet opus demandera un certain investissement, qu’un canapé confortable et un casque audio de qualité ne manqueront pas de faciliter, mais à l’horizon nocturne, nul autre risque que d’atteindre l’état de contemplation.




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