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C’est peu dire qu’il y a deux ans Something in the Room She Moves nous avait – malgré les évidentes qualités vocales de son interprète – tant et si bien déroutés que malicieusement nous évoquâmes des graines de pavot sauvage jetées dans un jardin public bien trop entretenu. Un disque ambitieux, un disque sage, un disque inachevé, du moins dans l’esprit de Julia Holter, qui avec ce nouvel opus – le septième de la native de Milwaukee – se voit adjoindre un inattendu prolongement. Au programme, quatre nouveaux morceaux, composés et enregistrés en tournée, mais également des relectures de la chanson Materia, déclinée en version ralentie au piano Wurlitzer (Materia 3) ou ornée de clarinette, de basse fretless et de chœurs (ceux de Jessika Kenney sur Materia 2), ainsi qu’une pièce d’ambient-pop expérimentale improvisée qui, dix minutes durant, s’aventure sur les terres de Peter Gabriel, Laurie Anderson et Hildegarde de Bingen : à noter que The Twin servira de base au dream-pop Fantasy, teinté de jazz et de bossa-nova. Parce que oui, Julia Holter fait du recyclage un art – recyclage d’idées et de maquettes, échantillonnage de soi-même, compost sonore, tout concourt à faire de l’œuvre de la multi-instrumentiste californienne un écosystème musical, où le mouvement se confondrait avec l’objet. Inspiré par des comptines enfantines, le lancinant My Lost One nous entraîne dans un trip-hop jazzy brumeux (c’est comme marcher derrière une ombre, puis devenir l’ombre), tandis que l’intermède Clepsydra met à l’honneur le mellotron et que, superposant les rythmes complexes, le vaporeux The Laugh is in the Eyes – initialement publié en 2024 – invite à l’hypnose. Si l’on reste circonspect quant aux motivations présidant à la conception de Materia – perçu moins comme un aboutissement que comme un laboratoire sonore à l’esthétique avant-gardiste, d’autant plus que, d’un point de vue strictement harmonique, l’ensemble s’avère anecdotique, sans flammes ni abysses –, il n’en reste pas moins que, malgré la dimension très arty du procédé, ce projet inédit reste aussi beau qu’accessible. En ce sens, Materia s’apparente à un carnet de croquis, offrant un aperçu sur le processus créatif en mutation d’une artiste qui refuse de figer sa musique.




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