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Un disque conceptuel, teinté de blackgaze et de chiptune, narrant les pérégrinations d’un poney imaginaire, il y aurait de quoi effrayer le moins puriste d’entre vous, non ? Las, le nouvel album de Lammoth – qui tire son patronyme du Seigneur des anneaux – est un énorme BANGER, dont le succès inattendu permet au multi-instrumentiste Robert Sanford d’élargir, bien au-delà de la Comté, le cercle des amateurs de hobbit black metal. Vous l’aurez compris, l’œuvre de Tolkien irrigue un Onward étonnamment réconfortant, néanmoins traversé par une noirceur diffuse telle que celle que l’on retrouve dans les Final Fantasy et autres Kingdom Hearts. C’est à bon escient que j’évoque ces deux séries de jeux vidéo qui, au-delà de leurs graphismes colorés, mettent en scène des personnages hantés et des problématiques puissantes, reliant – en un subtil jeu de miroirs – l’intime à l’universel. Mixées derrière le mur réverbéré formé par les nappes de guitares saturées, les sonorités électroniques – synthétiseurs vintage, motifs 8-bit, boîtes à rythmes – émeuvent, amusent ou déroutent, mais jamais ne prennent le dessus sur l’ensemble : en effet, kaléidoscopiques à souhait, les neuf compositions de Onward n’en oublient pas les blast-beats et autres vocalises hurlées, fondues dans le magma brouillardeux. De Poor Old Half-Starved Pony à A Final Parting, chaque morceau est une aventure, recelant son lot de surprises et d’étonnement, la principale question étant : par quel miracle Lammoth parvient-il à faire cohabiter – trente minutes durant et sans aucune faute de goût – black metal, chiptune et dungeon synth ? La réponse réside sans doute dans la sincérité absolue de la démarche. S’attachant aux sabots de Bill le Poney, Robert Sanford – fin connaisseur de la Terre du Milieu – livre une œuvre rien de moins qu’émancipatrice, résiliente et humaniste, à même de nous pousser à regarder autrement ceux qui évoluent dans les marges. Inventif, sensible, puissant, Onward est un disque intime tout autant que – étrangement, au vu des registres visités – très accessible : à glisser entre les deux oreilles, donc. Sans contestation possible, un des sommets artistiques de l’année.




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