16 juillet 2026 / Difficile de ne pas sourire en entendant cet anglais profondément béarnais. Les professeurs de langue y trouveront sans doute matière à désespoir. Les autres comprendront vite qu’il participe au charme du disque. À force de vouloir gommer les aspérités, beaucoup de groupes finissent par perdre leur identité. ExParty choisit exactement le chemin inverse.
Cette musique avance comme une fuite. Une fuite organisée, presque élégante, mais une fuite tout de même. Quelque chose poursuit ces chansons sans que l’on sache jamais vraiment quoi. Elles accélèrent, bifurquent, reprennent leur souffle avant de repartir de plus belle, avec cette gravité sourde qui empêche le moindre relâchement.
On imagine volontiers le groupe répéter dans une crypte. Pas une crypte gothique encombrée de ses propres clichés, mais un endroit où les Cramps auraient laissé quelques instruments avant de disparaître, pendant que des cousins éloignés de la famille Addams auraient troqué leurs costumes contre des combinaisons futuristes échappées de Cosmos 1999. Tout paraît crépusculaire, mais jamais poussiéreux.
Les rythmes motoriques installent une forme d’hypnose tandis que des éclaircies pop viennent régulièrement fissurer la pénombre. Le contraste ne cherche jamais à rassurer ; il entretient au contraire cette sensation permanente de déséquilibre.
Par moments, la musique semble vouloir s’extraire d’un danger invisible. Elle force l’allure, refuse l’immobilité, comme si s’arrêter revenait à accepter la catastrophe. Un morceau s’étire ainsi avec une intensité presque douloureuse, au point de donner envie qu’il ne s’achève jamais. Qu’il poursuive sa course jusqu’à l’épuisement complet (Other Lives Than Mine).
Puis tout s’emballe. Les claviers virevoltent autour de guitares stratosphériques, les rythmes se transforment en cavalcade homérique et l’on se surprend à vouloir enfourcher un gros bicylindre pour dévaler une Autobahn sans destination, uniquement pour le plaisir de sentir le paysage disparaître derrière soi (TKR).
Même lorsque le disque ralentit en apparence, il continue de jouer avec le vide. Une basse aux rondeurs presque familières, comme échappée du générique d’une sitcom futuriste, se retrouve bientôt pilonnée par des claviers stellaires et des guitares hirsutes, refusant obstinément toute idée de confort (Staring in the Blank of Your Eyes).
Dévaler est sans doute le verbe qui décrit le mieux cette musique. Le risque y est parfaitement maîtrisé, mais l’envie de sentir le précipice d’un côté et la paroi de l’autre demeure irrésistible. On n’y joue jamais réellement sa vie. On s’offre simplement la sensation, devenue rare, d’être intensément vivant.
Mild Discomfort porte finalement bien son nom. L’inconfort n’y est jamais une posture. Il devient une manière de rester éveillé, de continuer à avancer, de ne pas laisser les angles s’émousser. Une musique décapante qui n’altère rien de ce que nous sommes. Elle enlève seulement, pour quelques dizaines de minutes, la couche de vernis qui nous protège du monde.