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O.R.G. II est un espace sonore plus qu’un album, une architecture mouvante où l’orgue à tuyaux cesse d’être un monument patrimonial pour devenir une matière instable, traversée de courants électriques, de rémanences et de fantômes.

Depuis plusieurs années, Nicolas Devos et Pénélope Michel, réunis sous le nom de Puce Moment (ceux qui lisent ADA depuis des années savent), poursuivent un dialogue obstiné avec cet instrument aussi massif qu’insaisissable. Mais loin des démonstrations de virtuosité ou des séductions néo-sacrées qui accompagnent souvent le retour de l’orgue dans les musiques expérimentales, le duo préfère en explorer les zones troubles. Là où le souffle devient texture, où l’harmonie se fissure, où le temps semble ralentir jusqu’à perdre ses contours.

Commandée par le chorégraphe Christian Rizzo pour sa création à l’ombre d’un vaste détail, hors tempête, présentée à la Biennale de Lyon, cette nouvelle pièce prolonge les recherches amorcées avec O.R.G.  tout en les poussant vers une forme plus ambiguë encore. Entre contemplation et menace sourde, les compositions avancent par glissements successifs, comme si chaque son contaminait le suivant. Les nappes électroniques se mêlent aux vibrations organiques des tuyaux dans un lent processus de métamorphose où rien ne se résout vraiment.

Ce qui frappe, c’est cette capacité à maintenir l’auditeur dans un état d’incertitude féconde. Les motifs apparaissent puis se dérobent, les fréquences semblent surgir des murs eux-mêmes, tandis que l’orgue, débarrassé de sa fonction liturgique, devient un générateur de présences. On pense parfois aux paysages minéraux du drone contemporain, parfois aux expérimentations électroacoustiques les plus radicales, mais O.R.G. II échappe constamment aux références qu’il convoque.

Depuis leurs débuts dans les marges électroniques françaises, des expériences bruitistes de Cercueil aux dispositifs immersifs de Puce Moment, Nicolas et Pénélope n’ont cessé de brouiller les frontières entre concert, installation et rituel. Ce nouvel opus en constitue sans doute l’une des expressions les plus abouties : une musique qui ne cherche pas tant à être écoutée qu’habitée. Dans un monde saturé de sollicitations, O.R.G. II propose une autre temporalité. Celle de l’attente, de l’écoute profonde, de la transformation lente. Une expérience rare, qui fait de l’orgue non pas une relique du passé, mais un instrument capable d’ouvrir des brèches dans le présent. Comme une ode messianique en dehors des Épîtres pastorales. Bouleversant et transcendant




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