8 juin 2026 / Des ballades rock classieuses, amples, sombres et envoûtantes, mariant un chant caverneux et des chœurs amoureux, forcément, ça nous rappelle Nick Cave, époque crooner tiret lover, quand il duettait sur Murder Ballads avec PJ Harvey. Sauf qu’on est à Marseille et que l’oiseau de nuit Laurent Alexandre, échappé du groupe Moon Rã, a passé des années à peaufiner les chansons de ce Late Midnight particulièrement crépusculaire, sur lequel il se voit accompagné par sa femme, Natalia Rodriguez-Ramirez – joli brin de voix. S’ouvrant sur le très beau Red Grown, carmin, lyrique et romantique, piano arpégé et batterie ternaire en avant, dont la dynamique évoque The National, ce premier opus est irrigué de morceaux lents, de slows, de complaintes entre chien et loup, parfois fiévreuses : le très australien It et sa guitare électrique orageuse ; la ballade Hide qui, sous le haut patronage de David Bowie, décline toute la palette du rouge sanglant ; la tragique She Knows, narrant le suicide de l’actrice Peg Entwistle ; la soyeuse Shell Castle, en mood Billy Joel ; le western Rubicon, un des sommets du disque, on croirait entendre les Walkabouts période Devil’s Road, une vraie bonne chanson de cow-boys imaginaires. Comme Laurent vient du prog, il a agrémenté son disque d’instrumentaux planants (Fog pourrait illustrer un film de série B des années 80) et de titres space rock (Carmen in Tennessee), ce qui évite l’effet « tunnel de ballades en mode mineur » mais parfois distrait l’auditeur confortablement installé dans son cocon de mélancolie – please, laissez-nous baigner dans nos larmes de crocodiles ! Il n’en reste pas moins que, même un chouïa trop long, le premier opus de The Exit Ends est excellent. Belle découverte.