5 juin 2026 / On dirait que l’improbable succès d’Angine de Poitrine déteint sur la communication des labels, qui désormais valorisent l’aspect technique de la musique qu’ils nous vendent. Des quarts de ton, des pulsations ciftetelli et des métriques en 7/8, voilà ce que vous trouverez – entre mille autres choses – sur le premier album de Johnny Markam, nous dit-on. Des métriques en 7/8, c’est vraiment censé nous appâter ? Je veux dire, personne ne sait ce que c’est, une métrique en 7/8… Trêve de taquinerie, à l’écoute de l’enjoué Karadeniz Dreamin’, on se doute bien que le combo toulousain, né sur les rives du Bosphore et révélé en 2023 avec l’EP Elektronik Ziyafet, s’avance vers nous sans l’ombre d’un calcul, uniquement porté par son amour des musiques anatoliennes et du thé noir. Dix titres durant, c’est un aréopage d’influences concassées sous perfusion électro, à l’instar de l’inaugural Yanar Döner, sorte de Macarena à la turque virant jungle, portée par un saxophone foufou et une basse hypnotique, d’un Karadeniz Kabus frontal, au kitsch assumé fleurant bon la techno dance, ou de l’ébouriffant instrumental Holographik çiftetelli, pièce maîtresse de six minutes. Au centre du projet, le chant d’Ebru Aydin – qui par ailleurs joue du qanûn, un vrai plus, niveau arrangements – se fait mélodieux (Halayina Isyan et son empilement de motifs électriques), mélopée (Baladi’n Wonderland, teintée de trip hop), mélancolique, tel que sur le menaçant Her Sey, orageux, lourd, lent, très convaincant. Quelques sonorités 80s (Karadeniz Dreamin’), des climats vaporeux (Yörünge), un zeste de synth-clash 00s (Her Gece), on pourrait croire que le disque part dans tous les sens, mais en réalité il dispose d’une solide colonne vertébrale électronique, sur laquelle se greffent les instrumentations plus traditionnelles. En ce sens, loin de l’exercice folkloriste avec passages obligés (les solos arabisants), Karadeniz Dreamin’ se fait la synthèse contemporaine de cultures et de répertoires qui partagent le même goût pour la pulsation, la transe, la danse. Derviches tourneurs.