17 mai 2026 / Voici un double album,composé de morceaux mystérieux comme des numéros de téléphone griffonés dans un carnet dont on a perdu le nom des abonnés. Et son auteur s’appelle Daniel Benyamin, avec un « y ».
"Y" comme la première lettre du mot Yugen (幽玄), ce concept esthétique japonais qui désigne une grâce profonde, mystérieuse et subtile. Il évoque la beauté de ce que l’on ressent sans pouvoir l’exprimer pleinement, une suggestion de l’infini cachée dans le silence, la pénombre et la solitude.
Et si l’on cherche un mot purement français (et un peu plus espiègle), on pourrait aussi choisir Yéti : pour ce côté grand solitaire poilu qui fuit la civilisation et l’intelligence artificielle pour aller se cacher dans sa montagne, laissant derrière lui des empreintes de pas mystérieuses dans la neige.
Pour fabriquer Life After Music, Daniel Benyamin a donc fui les machines, les algorithmes et toutes ces choses qui calculent la tristesse sans jamais la ressentir. Le disque dont il a accouché semble divisé en quatre paysages distincts exprimant : la solitude, l’espace, la vie et le silence. On y trouve d’abord de la pop pour les gens qui marchent seuls sous la pluie en pensant à des détails insignifiants (et à Radiohead). Et puis, plus on avance dans l’album, plus la musique semble s’effacer, elle devient parfois presque abstraite, comme si Talk Talk vêtus de chemises de bûcheron et un Nick Cave juvénile jouaient ensemble de la guitare dans une bibliothèque vide, et ces moments sont les plus beaux de l’album.
C’est un disque fait pour les gens qui ont le temps de rater leur train. Un manifeste en forme de boîte à cigares remplie de souvenirs accessibles sans WIFI. Avec une page arrachée de Tintin au Tibet et un flocon de neige fondu depuis longtemps mais qui a laissé une jolie trace sur le bois poussiéreux sur laquelle passer le bout du doigt.