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Un nouvel album de The Wooden Wolf, c’est toujours un peu comme s’enfoncer dans un sous-bois vosgiens au crépuscule : quelque chose de tendre et d’inquiétant à la fois, la mousse sous les pas, l’air chargé d’humidité, et cette sensation diffuse qu’une branche morte pourrait vous égratigner le cœur au détour du chemin. Chez The Wooden Wolf, les chansons ne consolent jamais tout à fait ; elles laissent plutôt de légers hématomes à l’âme, des traces bleutées qu’on porte avec une étrange fierté.

Avec Indigo Prayers, il poursuit cette exploration fragile entre folk spectrale et poésie des nerfs à vif. Un disque qui avance à pas feutrés mais frappe profondément, là où les souvenirs traînent encore. Et parce qu’aucun commentaire ne saurait mieux en saisir les reliefs que celui de son propre auteur, c’est à travers un délicat titre par titre que l’album se dévoile ici.

FLUTTER

Il est des gens qui se font passer pour des anges et des anges d’autre part qui se dissimulent parmi nous. Le fracas de leurs ailes peut être assourdissant. Parfois, on a simplement plus assez de place à l’intérieur pour contenir un amour, et il convient de le laisser s’échapper. Quel soulagement alors de se rendre compte que c’était celui-ci qui nous comprimait à l’intérieur. Il est des sourires et des caresses plus lourds qu’on ne pourrait le penser.

DUNES

C’est une chanson écrite en position grand écart dans la partie supérieure d’un sablier. Il faut savoir sourire devant le poids de la nuit, ramper sur le ventre mais se dresser sur sa langue et goûter le sel du temps qui passe sur nos lèvres molles. Car nous finirons comme les dunes, même après une ultime érosion et réduits à des petits grains, nous resterons en mouvement au gré du vent qui s’ennuie.

AMOK

L’ivresse nous donne la sensation que tout est en train de tourner, mais elle ne fait que nous révéler une vérité : tout EST en train de tourner, et nous l’oublions trop souvent. Quoi de plus légitime dans ce monde que de devenir fou et embrasser le mouvement.

BLACK FIRE

On a tous un petit feu sombre qui brûle à l’intérieur de nous. Qu’il se fasse feu de joie ou braise endormie, il nous consume doucement chaque jour. Il est des gens qui soufflent dessus et jouent avec, d’autres qui tentent de l’étouffer et cessent de respirer. De belles flammes noires nous chatouillent les veines et personne ne les voit, on a les os qui se changent en cendres et personne ne le sait. Mais tout le monde le cultive ce petit brasier intérieur.

CLIMBING

Le matin je grimpe hors du lit, encore tout pesant de mes rêves minéraux. Et du matin au soir je grimpe mes dunes tel Sisyphe et je redescends en glissant sur le sable. Qu’il vente ou qu’il neige, je vais grimper, la seule chose qui importe c’est la prise suivante..

EPHEDRINE

Je suis à moitié réveillé, comme dans un songe qui bat silencieusement des ailes. Est-ce seulement de la triche que de voler un peu ? Rencontrer ce dieu inutile qui rugit à travers les siècles, avec sa beauté écrasante qui chevauche aux côtés de la douleur. Notre chair n’est qu’un manteau que nous portons pour cacher le marasme de nos tuyaux et de nos veines, alors laisse-moi te lécher les os toute une nuit, tels des sucres d’orge et faire jaillir la lumière endormie.

LICK UP MY HEART

Et toi, me lécherais-tu le coeur si tu le pouvais ? Et avalerais-tu tout ce sang ? Cela pourrait faire de toi un vampire. Y mettrais-tu les dents ? Le percerais-tu avec une flèche comme dans un tatouage ? Ou bien le laisserais-tu pourrir et se dessécher ? Moi oui je le ferais, et je le referais tous les jours..

TANPURA NIGHTS

Le vent est là et puis il s’en va. Il bondit hors du ciel et on ne sait même pas où il se repose. Il en est qui prient pour le savoir, moi j’attends, j’attends.. Qu’on m’asperge de couleurs et qu’on me noie le cerveau, et je porteraivos chapeaux pour les pluies à venir. Elles tisseront des arc en ciel dans mes veines en péril. Il paraît que le futur est entre nos mains mais en arrière-plan je te vois danser dans une cour de récréation alors que le monde s’affaisse, fredonne et vrombit au loin.

SONG FOR JOA

Cette chanson est une chute sans atterrissage, mais c’est une chute toute de même et elle est vertigineuse. Ne jamais toucher le sol est bien plus troublant que de s’y enfoncer. C’est au plus profond de l’instant qu’on échappe à l’issue des choses.

OUT OF THE NIGHT

Hors de la nuit il faut s’élever et on se retrouve alors aux griffes d’un rêve lumineux dans lequel on chevauche parmi les êtres qu’on avait laissés de côté. Quoi ? Tu voudrais rêver d’autre chose ? De chevaux qui galopent sur les collines au petit jour ? Eh bien je t’écoute, donne-moi ta technique. Pour l’instant je suis à genoux et j’époussette mes ailes.



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