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Une discussion à la terrasse des beaux-arts, il y a environ trois siècles : "J’aime pas le jazz. La basse fait toujours dom-dom-dom et la trompette pouet-pouet et je me fais chier." C’est vrai que quand on ne pratique pas (ou parfois quand on pratique trop depuis trop longtemps d’ailleurs, mais c’est le sujet de ma prochaine thèse, parution prévue en 2045) l’écoute active d’un style particulier, on le réduit vite à des stéréotypes. Si j’écoute du métal alors que j’ai tenu mes oreilles à l’écart de ce genre musical depuis toujours, j’aurai fatalement tendance à le réduire au son de batterie surcompressé et à la voix... putassière ? j’ai tenté quatorze périphrases, mas en fait, c’est vraiment le mot juste pour décrire cette manière de chanter bipolaire : chuchotis à la Trent Reznor vs gueulade healthy de skater en début d’après-midi, courtoisement énergique, comme auto-auto-tuné, d’un dynamisme qui hérisse et fatigue d’avance la bête lo-fi (le vieux loup-fi ? ou filou ça marche aussi) en moi. Je ne perçois pas les nuances, comme quelqu’un qui n’écoute que rarement du jazz ne perçoit pas autre chose que dom-dom-dom et pouet-pouet.

C’est donc un défi que d’écouter Untitled with drums, qui me semble (et une recherche google ne me contredira pas, on pourra même rajouter "avec un certain succès"), parfaitement correspondre aux canons du genre. Ce n’est pas une musique que gêne l’adhésion à des conventions, à un format, elle ne se la pète pas genre "tu ne jamais écouté ça", mais elle réussit à prendre l’auditeur par surprise à pleins de moments, et sa non-extravagance n’empêche ni l’inventivité ni la sincérité. Elle facilite la tâche d’un chroniqueur untitled with préjugés.

Ce petit EP, sorte de prélude à la sortie d’un album déjà prêt, cache ainsi de précieuses pépites semées sur des rails longilignes qui ne dévieront pas ni ne dérailleront mais sur lesquels le paysage sera toujours, heu, sympa (paye ta métaphore) : un changement d’accord unique et lumineusement déconcertant dans Candle, une pointe d’auto-dérision dans Obsolete (la FOMO tranquille), une envolée post-curesque par-ci, une voix qui se casse enfin un peu par-là, et le tout en quatre chansons et moins d’un quart d’heure, ça impose le respect.

"Mais alors du coup, les pépites sur le rail, elles font chkrouk à chaque fois ? Tu es sûr qu’on entend ça dans le disque ? quel rapport avec le paysage ?"




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