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Et si la bande-son de No Man’s Sky n’était rien de moins que l’un des meilleurs albums de post-rock électronique de tous les temps ? Publié en 2016, le jeu vidéo développé par Hello Games avait pour ambition de nous faire incarner un explorateur spatial amnésique, évoluant dans un open world littéralement illimité – l’univers est un bac à sable. Promesse alléchante ? Sans passer par un menu labyrinthique ou un écran de chargement, immersion garantie, du décollage à l’atterrissage vous voyagez d’une planète inconnue l’autre, récoltez des ressources minières, castagnez la faune locale, améliorez votre équipement, bidouillez votre vaisseau ; durant vos trajets interstellaires, vous croisez des aliens ou des joueurs humains ou découvrez une base orbitale ou un astre anonyme, qu’humblement vous baptisez Alix III. Promesse d’autant plus engageante qu’à l’époque les bons jeux de space opera se comptaient sur les doigts de la main – à cause d’un final horripilant, la trilogie Mass Effect m’avait laissé sur ma faim –, mais promesse non tenue. Au grand dam des gamers, votre serviteur y compris, No Man’s Sky est sorti inachevé. L’histoire aurait pu – comme souvent – s’arrêter là, sauf que le studio anglais s’est accroché et, après des années d’ajouts, de correctifs et de mises à jour, l’on s’accorde pour considérer No Man’s Sky comme rien de moins qu’un chef-d’œuvre. C’est fluide, c’est organique, c’est beau, ça incarne l’infini. Et ça l’incarne d’autant mieux que la bande-son est majestueuse. Déjà, à l’époque, les instrumentaux – envoûtants, éthérés, mélancoliques – concoctés par 65daysofstatic m’avaient frappé, tant ils collaient à l’ambiance du jeu, renforçant cette sensation de solitude poisseuse qui colle à la peau de notre avatar, seul, faible, désarmé, égaré dans les limbes. Au sommet d’une montagne, l’horizon se dégage, à vos pieds scintille un lac aux eaux scélérates, plus loin, une nuée d’oiseaux survole des volcans enneigés, halo de brouillard, trois lunes mortes enchevêtrent leurs orbites alambiquées, le ciel pâlit – la musique démarre, elle vous emporte ; vous lâchez votre manette. Ainsi le joueur (vous), ainsi le voyageur (l’autre vous), tous deux s’immobilisent, contemplatifs. Combien de fois, tandis que mes enfants s’aventuraient dans No Man’s Sky, me suis-arrêté pour tendre l’oreille. « Hey, c’est vachement beau, ça ! ». Pas mal de sonorités tirées de vieux claviers analogiques, mais également des boucles rythmiques tortueuses, des envolées lyriques, des pics à glace synthétiques : deux heures de totale apesanteur. En perpétuelle évolution, à l’image du jeu qu’elle illustre, la bande-son originelle s’est vue l’année dernière agrémenter d’une nouvelle fournée de compositions instrumentales, dont certaines de la main de Paul Weir, designer audio du studio Hello Games – plus long (32 titres), plus ambient, No Man’s Sky : Journeys évoque Tangerine Dream tout autant que The Smile et Vangelis. Depuis l’album replicr 2019, nous étions sans nouvelles des 65daysofstatic, on les pensait lost in space, las, c’était oublier leur goût prononcé pour la science-fiction, eux qui proposèrent au début des années 2010 un soundtrack alternatif au film de Douglas Trumbull, Silent Running (1972). À l’instar de la fameuse théière de Bertrand Russell, on ne les voit pas, mais ils continuent de tourner autour du post-rock, qu’ils enrichissent dans l’ombre – astre de l’astre, étoile noire.




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