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Je ne sais pas si je suis sado-maso, mais j’aime quand je sens que mon corps est à la limite, quand il ne faudra pas grand-chose pour que tout s’écroule, mais que par un instinct que nous pourrions qualifier de survie, je fais le petit pas de côté, je baisse le son, je me plaque au sol comme pour y capter les ondes, baume à un retour à la sagesse.

En musique, j’ai coutume de dire que quand je veux atteindre ce paroxysme sans vriller, je me jette sur MBV et surtout sur Beaster de Sugar qui a en son sein même le traitement pour une guérison progressive, le Walking Away spectral. Après une écoute, je sens mon corps comme vidé de son énergie, mais empli de quelque chose qui pourrait s’apparenter au repos, celui d’après les tempêtes. En six morceaux (je ne cesse de le répéter, mais le EP est probablement le format implacable, qui plus est en cette époque de folie.) Dééfait explose mon échelle de bonheur sur terre. Le groupe est composé des frères Valero (Lucas à la guitare, Pablo à la batterie) Enir Da à la basse, Grégoire Couvert à la guitare et Ric Lara au chant et à la dramaturgie, tant ce chanteur d’origine mexicaine joue avec les mots (anglais français et espagnol) dans une passe d’armes homérique qu’il engage corps et âme avec la musique.

Il y a dans la musique de Dééfait (pour la faire courte un combo entre krautrock, noise rock, psyché.....) quelque chose qui doit autant au shamanisme païen qu’à la transe. Les morceaux prennent vie rapidement et ne s’arrêtent que quand il est évident que le cœur ne pourrait plus irriguer ce corps en combustion qui magnétise tout. C’est presque bouleversant ce don de sa personne dans cet univers quasi-christique (mais comment ne pas tomber en pâmoison face à cette cathédrale qu’est Comatose Big Sun et lui ériger une montagne de louanges afin qu’aucune intempérie ne vienne l’altérer), qui ne joue pas sur la confrontation du bien et du mal, mais plutôt celle entre la vie et la mort, préférant la brûlure intense à la caresse d’une crème adoucissante. Alors on sort rincé de l’écoute de ce six titres (le vinyle est pour cela une bénédiction, le changement de face comme la pause non pas fraîcheur, mais sponsorisé par l’association des cardiologues.) qui auront mis à mal pas mal de nos certitudes et joué avec nos envies de ruptures, de toucher du doigt l’après, avec le risque de ne plus connaître l’avant. Dééfait fait son entrée dans mon petit dictionnaire de mes perversions musicales, construit comme un hommage à Leopold von Sacher-Masoch, mais surtout à ses musiciens qui savent entrer en nous pour mieux nous en faire sortir. Démentiel.




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