15 novembre 2025 / Si comme moi, vous connaissez Tang, c’est que vous commencez à compter vos trimestres en vue d’une retraite prochaine, ou au mieux vous venez de recevoir l’enveloppe bleue. Le Tang était une poudre qui délayée dans de l’eau pouvait égayer les goûters d’après-midi, et préparer les cancers le troisième âge arrivé. Le tang n’existe plus, mais plusieurs ersatz ont repris le flambeau, comme le Kool-Aid, qui n’est pas un concert de charité pour venir à l’aide du cool. Rémi Tourneur (guitare, chant), Romain Mayraud (basse, chant) et Emma Savarzeix (batterie) n’ont certainement pas goûté le premier, et ne doivent que moyennement apprécier le second, tant ils sont loin d’une musique que nous pourrions appeler de lyophilisée. Au contraire de cette chimie asséchante et réductrice, le trio lui occupe tout le terrain qui lui est offert, voir même plus, avec une gourmandise qui friserait presque les limites autorisées par un diététicien du son. Fouillant dans la pochette des 90’s comme nous le ferions dans un paquet mix-Haribo, mais plutôt que de les mâcher d’une traite, le trio semble prendre un malin plaisir à manger la tête du crocodile avant le reste du corps ou a dérouler le serpentin de réglisse pour tresser une corde de suicide au nounours, le tout hilare. Retombant dans une forme d’enfance (Bercer les Chats devrait offrir à des jeunes parents une comptine parfaite pour endormir leur enfant hyperactif.), le trio à l’art de nous construire une boite de pandore piégeuse, dans laquelle il sera difficile de s’échapper, à l’instar du Blum de Cheveu. Addictif, presque régressif, ce disque est une infusion de sons, de façon de chanter, scander qui nous touchent du plus au point (comment ne pas reprendre 1312 faisant fi du regard des autres, pour le simple bonheur de se sentir vivant). Avec des chansons comme des collages (tentez de compter le nombre de chansons potentielles dans une seule chanson, multipliez par 1000 et tombez sur le déficit de la France) un humour de fin de phrase épatant (hein Pierpoljak) Kool-Aid peut hurler, avec une fossette creusée et le poitrail exagérément gonflé, "c’est notre projet", et celui-ci doit être suivi, pour le meilleur et aussi pour le rire, dans un petit nuage de mélancolie. Épatant.